A l’aube du halving, les marchés africains s’enflamment

08 mai 2020 - 15:06

Temps de lecture : 3 minutes

L’Afrique subsaharienne connaît des volumes record sur les plateformes d’échange à l’approche du halving de Bitcoin.

Un contexte favorable

L’enthousiasme du continent africain (dans sa partie anglophone majoritairement) pour Bitcoin n’est pas nouveau. Les données de Google Trends montrent que le Nigeria et l’Afrique du Sud enregistrent souvent le premier et le deuxième plus haut  volume de recherche pour la reine des cryptos. Ce début d’année 2020 ne faillit pas à la règle. Cette popularité attire de nombreux entrepreneurs. Jack Dorsey, le PDG de twitter et fervent partisan du BTC, avait prévu d’ y séjourner longuement avant l’invasion d’un satané virus.

Si lui, comme d’autres, mise sur l’Afrique, c’est que l’accueil plutôt cryptofriendly qu’on y perçoit augure d’un potentiel futur hors norme.  Ce pari repose notamment sur un fléau endémique qui mine le continent depuis des lustres. Les citoyens doivent en effet subir le joug de politiques monétaires souvent désastreuses, arborant des taux d’inflation à deux ou trois chiffres. C’est pour échapper à cette inflation galopante que les populations se tournent vers la doyenne des cryptos.

Des altcoins à la peine

Les altcoins en revanche sont à la peine. Mais un marché aussi prometteur attise les appétits. Charlie Lee avec son Litecoin passe à l’offensive en venant de se faire lister sur l’une des plateformes les plus utilisées.  

Cette ferveur des Africains pour Bitcoin est aussi motivée par les échanges fréquents infracontinentaux. Dans une zone où circulent des dizaines de devises officielles, les coûts de transaction sont exorbitants et compliqués à réaliser. Le faible niveau de bancarisation (en Afrique subsaharienne, plus de 80% de la population ne possède pas de compte bancaire) multiplie les intermédiaires et renchérit les frais, sans commune mesure avec ceux, dérisoires, d’une transaction Bitcoin.

Aujourd’hui, l’intérêt s’est accéléré en vue du halving qui doit intervenir autour du 12 mai. Considéré comme un événement qui, à tort ou à raison, fera grimper le prix vers de nouveaux sommets, les bourses d’échange connaissent un accès de fièvre.  

Des échanges pair à pair en forme

La hausse de la demande a entraîné un volume record sur les échanges pair à pair plutôt privilégiés par les utilisateurs. LocalBitcoins (en perte de vitesse néanmoins à cause d’un KYC plus drastique) et Paxful, les plus populaires, ont enregistré, selon le site de suivi Utility Tulip, des transactions pour un montant de 10 millions de dollars. Une première depuis le record hebdomadaire établi en décembre 2017, au moment de la montée parabolique du prix du Bitcoin. D’autres plateformes peer to peer plus confidentielles, LocalCryptos et CryptoLocally , ont également connu une croissance de leurs inscriptions et de leur activité de trading.

Le Ghana (1,6 million de dollar) et le Kenya (800 000 $)  ont fait la course en tête. Le Nigéria a également frôlé son sommet historique avec 7,2 millions de Bitcoin échangés, tandis que la République centrafricaine a vu croître ses volumes avec une conversion BTC/ franc centrafricain affichant son quatrième record de volume hebdomadaire consécutif.

Cette flambée de la fréquentation place l’Afrique subsaharienne devant l’Amérique latine qui occupait jusque là le deuxième rang, après l’Amérique du Nord, sur le marché P2P.

Des plateformes centralisées aussi à la fête

La bourse locale ghanéenne Ebitcoinics, victime de sa forte affluence (70% de fréquentation en plus selon des sources invérifiables), a connu, à l’image des géants du secteur, des dysfonctionnements la rendant provisoirement inaccessible. Luno, très présente au Nigéria, en Afrique du Sud et en Ouganda se réjouit aussi d’une utilisation exponentielle de sa plateforme.

Ces orientations positives n’ont pas échappé au leader mondial Binance qui  multiplie les initiatives en faveur du continent noir. Il a ouvert le trading au naira/BTC au Nigéria, au rand/BTC en Afrique du Sud avec la volonté d’étendre ces passerelles monnaie locale/ BTC à nombre de pays africains. La plateforme vient également de lancer une application de paiement en cash et crypto pour faciliter le transfert de valeurs (un simple numéro de téléphone suffit pour créer un compte). Disponible uniquement au Nigéria pour le moment, Bundle envisage de se déployer dans trente pays africains d’ici la fin de l’année.

Si l’Afrique dispose de nombreux atouts pour devenir le futur du Bitcoin, c’est aussi parce que sa population s’élève à plus d’un milliard d’habitants (1,2 précisément) qui devrait, selon les prévisions démographiques, doubler d’ici 30 ans. Mais sa caractéristique la plus notable, c’est sa jeunesse. Avec un âge médian de 19 ans, l’avenir rayonne de mille feux notamment avec une frange de plus en plus importante versée dans le numérique. Cette inclination doublée d’une sensibilité particulière aux problèmes d’échanges monétaires dessinent peut-être une voie royale pour l’adoption des cryptomonnaies. Mais l’ombre menaçante de mesures assassines, comme au Zimbabwe qui tente aujourd’hui un assouplissement de ses restrictions, n’est jamais loin.

 

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