[Analyse] La Corée du Sud est-elle le catalyseur de la prochaine hausse des cryptomonnaies ?

Nous avons choisi d’analyser et de comprendre l’importance de la Corée du Sud dans le marché des cryptomonnaies et de la blockchain ainsi que son rôle dans la future adoption de cette innovation.

I. La Corée du Sud, un pays historiquement ancré dans les nouvelles technologies

Les habitants de Corée du Sud sont fous de nouvelles technologies

Les habitants de Corée du Sud sont fous de nouvelles technologies

La Corée du Sud est considérée comme une nation apte à l’adoption rapide de nouvelles technologies. Elle est notamment l’un des porte-étendard de l’e-sport ou du high-tech. C’est une partie intégrante de la culture, de la même manière que le sont les croissants ou le vin en France. En 2018, le Pays du matin calme a dominé le classement mondial du Bloomberg Innovation Index. En 2019, c’est l’un des premiers à proposer la 5G à ses habitants. En réalité, la contrée asiatique a également été l’un des early-adopters de la révolution des smartphones. Aujourd’hui, plus de 80% de la population en possède un. La majorité des citoyens utilise spontanément ce bijou de technologie pour naviguer sur Internet plutôt qu’un ordinateur classique.

Alors qu’en France, ou aux États-Unis, les cryptomonnaies ne sont qu’un marché de niche, en Corée du Sud, il s’agit presque d’un phénomène de masse tellement ses habitants sont impliqués dans le secteur. En fait, plusieurs analystes estiment même que 30% des adultes sud-coréens ont investi dans les cryptos. Malgré ses 51 millions de ressortissants, correspondant à seulement 0,6% de la population mondiale, la Corée du Sud est l’une des nations les plus concernées et influentes de cet écosystème.

Ce n’est pas tout, les entreprises originaires de la République de Corée cherchent à intégrer les cryptomonnaies dans leurs offres. Par exemple, Samsung, propose via son Galaxy S10, un wallet crypto directement incorporé au smartphone. Les sociétés locales utilisent le fait que les Coréens soient habitués depuis longtemps à effectuer des paiements digitaux pour lancer ce type de service.

II. Des jeunes à la recherche de nouvelles opportunités entraînent la flambée des cours en 2017

En comparaison des autres pays d’Asie, le chômage est très élevé en Corée du Sud. C’est surtout le cas chez les jeunes où il s’approche de la barre des 10%. De 2014 à 2017, le trading de cryptomonnaies a donc été un moyen de gagner de l’argent facilement. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien dans cette province asiatique, ce qui a encouragé le développement de cette activité. Un trader doué et rentable allait en parler à ses amis, puis à ses parents la rendant peu à peu populaire. Il s’en est suivi un effet de Fear of Missing Out (FOMO) et des millions de Sud-coréens ont donc investi une grande partie de leurs économies dans les cryptos en 2017.

Brian Jeong, analyste chez BlockWater Capital déclarait : « Vous pouviez entendre des séniors discuter du Bitcoin en mangeant un poulet frit dans un café. Les gens en parlaient partout, le sujet était sur toutes les lèvres, c’était la hype du moment. »

En fait, en juillet 2017, le BTC était légalisé au niveau national ce qui a contribué à accélérer ce mouvement. Durant le bull run de fin 2017, la Corée du Sud représentait, à elle seule, 30% du volume de trading des cryptoactifs. Pour rappel, on parle bien d’un pays avec moins de 1% de la population mondiale.

III. La hausse des prix en Corée du Sud entraîne la création du Kimchi Premium, un indicateur à surveiller de près ?

Tout d’abord, une petite définition de ce terme qui n’est que très peu expliqué en français sur le net (jusqu’à aujourd’hui du moins).

Le Kimichi Premium, c’est la différence de prix des cryptomonnaies entre les plateformes d’échange sud-coréennes et les autres plateformes d’échange mondiales (européenne ou américaine par exemple). Il s’exprime majoritairement sur la valorisation du Bitcoin. Le Kimichi Premium correspond donc à l’écart qu’il y a pour l’achat d’une unité d’un BTC en Corée du Sud et ailleurs.

Comment cela se fait-il ? Un Bitcoin ne devrait-il pas être au même prix partout ? En fait, les instances gouvernementales coréennes ont énormément encadré les plateformes locales (KYC et autre), créant un marché fermé basé sur la monnaie coréenne (KRW). De plus, chaque citoyen a une limite de transferts de KRW pouvant être sortie du pays chaque année, sachant que des législateurs doivent approuver ledit transfert. Celui-ci peut être refusé s’il y a des soupçons de blanchiment d’argent par exemple. Donc les Coréens se sont satisfaits des exchanges locaux et n’ont pas pu utiliser les mêmes plateformes que nous pour acheter du BTC.

Initialement, cela ne créait pas forcément de soucis, mais durant la bulle de décembre 2017, la demande en Corée du Sud pour le Bitcoin était tellement forte que le prix s’est décorrélé de celui pratiqué dans les autres pays du monde.

Avec le graphique ci-dessous, on observe que la valorisation du Bitcoin sur Bithumb, l’exchange coréen numéro un à l’époque, n’est pas toujours le même que celle sur les autres plateformes. En fait, entre novembre 2017 et janvier 2018, on peut même percevoir une différence notable. Le prix du Bitcoin chez nos amis coréens était alors bien supérieur à celui pratiqué sur les exchanges ouverts aux européens et américains (comme Binance). On peut considérer que c’était la Corée du Sud qui catalysait les montées de valorisation du BTC, poussant le marché général vers le haut.

Graphique qui montre les différences de prix du BRC entre le BTC/KRW (convertis en USD) et le BTC/USD ; Source : Binance Research

Graphique qui montre les différences de prix du Bitcoin entre le BTC/KRW (converti en USD) et le BTC/USD ; Source : Binance Research

On observe en dessous la différence entre les plateformes mondiales et coréennes sur la valeur du BTC. En janvier 2018, elle a même atteint 7234$. Un chiffre absolument colossal, l’écart de prix était alors de plus de 40%. Cela veut tout simplement dire qu’un coréen qui souhaitait se procurer du BTC à cette période devait payer l’équivalent de 7234$ de plus (en monnaie KRW), soit 40% plus cher que quelqu’un d’autre dans le monde pour acquérir une unité d’Or Digital. On observe que depuis août 2018, le Kimichi Premium est négligeable (moins de 100$) et même parfois négatif (prix d’un BTC sur un exchange coréen < prix d’un BTC sur un exchange international).

On observe le Kimichi Premium est au plus bas, après avoir atteint des valeurs astronomiques

Cette dernière image montre bien que les Sud-coréens ne sont plus autant présents aujourd’hui sur le marché en comparaison des précédentes périodes. Lors de la hausse de valorisation du Bitcoin, fin 2017, le Kimichi Premium était à son maximum et les Sud-coréens réalisaient 35% du volume total du trading du BTC. Le volume de BTC échangé en KRW a même atteint 70% en octobre 2018 avant de devenir quasiment nul en novembre 2018. Récemment, en mars 2019, les Coréens représentaient seulement 9% des échanges de Bitcoins dans le monde.

Attention cependant : Les volumes des plateformes de cryptomonnaies ne sont pas forcément fiables, il faut être prudent sur ces données.

La proportion de trader coréens a constamment diminué de Janvier 2018 à Août 2018. En Novembre 2018, celle-ci était négligeable. Néanmoins, depuis quelques semaines il y a un léger retour de cette population. Source : Binance Research

La proportion de traders coréens a constamment diminué de janvier 2018 à août 2018. En novembre 2018, celle-ci était négligeable. Néanmoins, depuis peu, il y a un léger retour de ces derniers. Source : Binance Research

Lors de la précédente flambée des valorisations des cryptos fin 2017, on observe que la Corée du Sud a joué un rôle crucial. L’engouement qui a pris place dans le pays a stimulé le FOMO mondial. La demande était telle que le prix du BTC est devenu bien plus élevé à l’intérieur de la nation qu’à l’extérieur, tirant avec elle le marché global vers le haut. Depuis décembre 2018, on observe une légère réapparition des traders coréens sur le trading du BTC. Si ce retour s’intensifie et se confirme, qui sait ce qu’il adviendra.

IV. Le gouvernement régule les cryptomonnaies fin 2017 et en 2018

Le gouvernement prend conscience de la crypto-mania qui s’empare du pays et prend des mesures pour protéger ses citoyens. Il interdit par exemple le trading anonyme pour contrer le blanchiment d’argent. Qui plus est, des rumeurs de taxation de gains, voir de bannissement total de l’activité de trading de crypto apparaissent. Elles effraient les investisseurs, font fuir les traders et jouent (potentiellement) un rôle dans la chute des cours.

novembre 2017 : Le Premier ministre coréen s’inquiète : “Il y a des cas où de jeunes Coréens, y compris des étudiants, se précipitent pour gagner rapidement de l’argent et des monnaies virtuelles. Elles sont utilisées dans des activités illégales comme le trafic de drogue ou le marketing pyramidal pour les fraudes.”

13 décembre 2017 : Le gouvernement sud-coréen prend des mesures pour réglementer les plateformes de trading et réprimer les pratiques trompeuses.

13 décembre 2017 : Des rumeurs sur la taxation des gains des cryptos en Corée du Sud apparaissent.

19 décembre 2017 : La plateforme sud-coréenne Youbit est piratée et déclarée en faillite.

Fin décembre 2017 : Les autorités sud-coréennes ont adopté une nouvelle mesure réglementaire pour tempérer l’enthousiasme de ses citoyens envers les actifs cryptographiques. Le gouvernement a fait savoir qu’il interdirait les comptes de trading anonymes.

janvier 2018 : Le bannissement du trading des cryptomonnaies est à l’étude selon une annonce du ministre de la Justice.

Le crash survient début 2018. Un conseiller de la Korea Blockchain Association déclare que le gouvernement a joué un grand rôle dans la fin de la bulle du Bitcoin.

Plus tard, en septembre 2018, la Corée du Sud interdisait les Initial Coin Offerings (ICO). Les instances gouvernementales estimaient qu’il y avait alors trop d’abus, trop d’incertitudes et trop d’arnaques. Les levées de fonds en cryptoactifs étaient considérées comme instables, mais également comme la porte d’entrée pour un important nombre de fraudes, notamment des cas de manipulation. En février 2019, nous vous annoncions que cette interdiction se prolongeait.

V. Une remise en question de la réglementation répressive sur les ICO en 2019 ?

Séoul, la capitale sud-coréenne et ses 10 millions d'habitants

Séoul, la capitale sud-coréenne et ses 10 millions d’habitants

Le 4 avril dernier, lors d’une conférence qui se tenait à Séoul, quatre représentants du gouvernement (dont le président de l’Assemblée Nationale) annoncent qu’un retour sur les régulations encadrant les cryptoactifs est à prévoir. En fait, les officiaux considèrent qu’il est extrêmement important de ne pas empêcher l’industrie et la technologie de se développer. Il n’y a pas eu de précision sur les changements qui sont envisagés et étudiés, mais il semble qu’il y ait une réelle volonté de simplification.

« Le gouvernement a fortement régulé les cryptomonnaies. Nous pensons qu’après un an de réglementation stricte, le public et la population est prête pour une révision de cette réglementation. »

Ces déclarations apparaissent seulement quelques jours après la hausse fulgurante du prix du Bitcoin. Le timing semble adéquat.

VI. La volonté actuelle du gouvernement d’investir massivement dans les cryptoactifs à partir de 2019 ?

Comme nous le disait Manuel Valente dans son interview, il y a une forme de dichotomie en France au plus haut niveau de l’État. Les déclarations peuvent être contradictoires, et alors que certains députés comme M. Person militent pour faire de la France une crypto-nation, d’autres perçoivent les cryptoactifs comme une menace.

Le gouvernement sud-coréen semble plus clair et équivoque sur sa vision à long terme des cryptomonnaies et de la blockchain. En effet, il prévoit d’investir près d’un milliard de dollars dans le secteur. En fait, le pays souhaite supprimer l’utilisation de liquidités dès 2020, la blockchain aura donc probablement son rôle à jouer.

« L’un des objectifs du maire [de Séoul] est de transformer un quartier entier de la ville (Mapo) en un espace dédié aux cryptoactifs et chaînes de blocs incluant plus de 200 entreprises qui travailleraient dans le secteur d’ici 2021. L’une des intentions du programme est d’utiliser les caractéristiques de la technologie dans des activités administratives. On peut citer le développement d’une carte multi-applications qui fonctionnerait via les réseaux d’ICX. »

Conclusion

Il sera primordial de suivre l’évolution de la régulation des cryptomonnaies au Pays du matin calme. Si les instances de Corée du Sud assouplissent la législation adossée aux cryptodevises, cela pourrait entraîner un regain d’intérêt pour le secteur dans le pays. Par la suite, un réveil massif des traders localement, pourrait conduire à un retour des forts volumes, puis dans son sillage, l’apparition durable et importante du Kimchi Premium.

Face aux récents mouvements du BTC en avril 2019, et l’augmentation de la volatilité, certains analystes ont distingué un bref regain du Kimchi Premium et donc d’une décorrélation légère du BTC/USD avec le BTC/KRW. Si cela se confirme, cela pourrait matérialiser un retour conséquent des traders coréens.

La dernière fois que ce phénomène a pointé le bout de son nez de manière conséquente et durable, ce fut à partir de novembre 2017. Inutile de préciser ce qu’il s’en est suivi avec un ATH du BTC un mois plus tard. La capacité des Coréens à pouvoir pousser tout un marché mondial vers le haut n’est pas de la science-fiction, ils l’ont déjà fait en 2017. Le gouvernement peut être l’élément déclencheur. Il a la possibilité d’alléger la fiscalité allouée aux gains du BTC, lever les régulations strictes créées en 2018, ainsi qu’encourager sa population à investir dans le secteur. Il semble dans tous les cas ouvert aux cryptoactifs en prévoyant un investissement de masse dans cette sphère dans les trois ans à venir.

Ce n’est pas tout, la Corée du Sud, de par son statut de leader high-tech, est à suivre en vue de l’adoption des cryptoactifs dans le monde réel et la société. Il ne serait pas étonnant d’observer dans les prochains mois de nombreux cas d’utilisation des cryptos dans le quotidien de sa population. Un rapport de Cindicator considérait notamment que les Sud-coréens était la population la plus enthousiaste à l’égard des cryptomonnaies et de son utilisation.

 

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