La plateforme Curve s’étrangle avec son sushi du nom de Swerve

 La plateforme Curve s’étrangle avec son sushi du nom de Swerve

Il semble que la débâcle actuelle des marchés de l’univers des cryptomonnaies n’affecte en rien la frénésie sans limites de la DeFi. Et c’est sur fond de chute des cours à hauteur de plus de 60% que les projets loufoques continuent de se succéder à une vitesse tout industrielle. Le dernier en date concerne la plateforme Curve qui se voit affublée d’un copié/collé du nom évocateur de Swerve, qu’il est possible de traduire par « dégage salope. »

L’indigestion de sushis cuisinés par un chef anonyme à la recette aussi douteuse que rentable le week end dernier ne semble pas avoir calmé les ardeurs des développeurs de la DeFi. En effet, après le lancement très populaire du projet SushiSwap et son principe de vampire mining de la plateforme Uniswap, c’est au tour de la plateforme Curve de faire les frais d’un copié/collé en forme de doigt d’honneur.

Ce fork de Curve et de son jeton CRV a été annoncé sur un compte Twitter qui n’existe que depuis le 3 septembre. Cela pour initier le lancement effectif de la plateforme Swerve.fi deux jours plus tard. Ainsi que du jeton associé répondant au ticker de SWRV, lancé à un montant de 19,20$ et avoisinant les 6$ actuellement après une hausse de plus de 85% sur les dernières 24h. Le tout accompagné d’une description détaillée dans la lettre d’information des Yield Farmers du nom d’Alpha Tractor.

Bouge de là, salope !

Le temps n’est pas à l’apaisement dans l’univers de la DeFi. Et c’est actuellement la plateforme Curve qui en fait  les frais avec le lancement de son clone du nom très poétique et inspiré de Swerve (« move bitch » en argot). Une publicité dont elle se serait bien passé seulement deux semaines après le coup d’État très controversé de son fondateur. Ce dernier tentant de contrer une prise de pouvoir du protocole yearn.finance dont la puissance ne fait que s’étendre et déclenche de multiples inquiétudes.

Il se pourrait même que ce lancement soit en fait une réponse directe et explicite à cette actualité qui a attiré les foudres de la communauté. Une question qu’il faudra poser à son fondateur encore une fois anonyme et caché derrière le pseudonyme de John Deere. Le texte de présentation qui se trouve sur la page d’accueil du site semble toutefois étayer cette hypothèse :

« Nous lançons un fork de Curve détenu à 100% par la communauté et appelé Swerve. Il n’y a pas de faux déploiement, pas de pré-extraction discutable, pas de fondateur contrôlant la majorité du vote de gouvernance, pas de propositions d’équipe suspectes, pas d’allocation de 30% aux «  actionnaires  », pas d’allocation d’équipe, pas de distribution de plusieurs décennies, rien de tout cela. » – Swerve.fi

Un copié/collé de la plateforme Curve

Il s’agit dans les faits d’un copié/collé exact du code source de la plateforme Curve. Mais ce dernier fait l’objet d’une protection de type copyright. Qu’à cela ne tienne, le très ingénieux John Deere ne l’a pas modifié, mais a réalisé un système de bifurcation permettant tout de même d’y ajouter des fonctionnalités. Ce qui ne représente pas une violation effective de son copyright, que ce soit en des termes juridiques ou techniques. 

Un point souligné par Andre Cronje, créateur de protocole yEarn. Ce dernier pointant le fait que la formule développée par Swerve est une copie astucieuse qui respecte pourtant le principe du droit d’auteur

« Swerve a ajouté un modèle de proxy, donc l’implémentation est bien le contrat copyright de Curve. Mais le stockage est à Swerve. Cela respecte le droit d’auteur, mais permet également un fork de toutes les fonctionnalités. D’un point de vue juridique et technique, c’est vraiment intelligent. » – Andre Cronje

Une plateforme Curve nettoyée de Curve

Dans une interview donnée au site The Defiant, le fameux John Deere affirme que Swerve est une version de Curve de laquelle il a « retiré tous les éléments douteux. » Il fait ainsi clairement allusion à la prise de pouvoir de 70% des droits de vote du protocole par le fondateur de la plateforme, comme mentionné précédemment. Ce dernier ayant assuré à la communauté qu’il n’en ferait pas usage. 

Un engagement démenti par le récent déploiement d’un pool hBTC (Huobi BTC) du nom de CIP5. Ce dernier ayant visiblement été « voté » de façon unilatérale sans que la communauté n’en ait été avertie ou même consultée sur le sujet. Une erreur de trop !

La plateforme Swerve serait donc le héros masqué venant demander des comptes à la plateforme Curve en excès de confiance. Une réalité qui a trouvé un écho favorable au sein de la communauté de la DeFi. En effet et dans les quelques heures qui ont suivi le lancement de Swerve, pas moins de  970 adresses ont déposé plus de 377 millions de dollars dans les pools de stabelcoins du protocole.

Que propose le clone Swerve ?

Cela n’a rien de bien étonnant, mais l’offre de Swerve ressemble beaucoup à celle de Curve. Les liquidity providers peuvent bloquer des fonds dans le pool du nom de swUSD. Le protocole accepte les principaux stablecoins (DAI, USDC, USDT, TUSD) en échange de récompenses sous la forme de jetons SWRV. 

Le fait intéressant est qu’une offre incitative est programmée pour les deux premières semaines d’activité de la plateforme. Cela prend la forme d’une distribution de jetons accélérée à hauteur de 9 millions d’unités sur les 33 millions de l’offre totale prévue à terme. Ce qui correspond à la totalité des récompenses qui seront allouées pour l’ensemble de l’année suivante. Ce chiffre passant ensuite à 3 millions sur les 5 années restantes

« Nous avons également supprimé certaines conneries. En plus d’une distribution de jetons équitable à 100% et sans pré-acquisition ni allocations, Swerve se lance avec un seul pool pour démarrer en utilisant DAI, USDC, USDT et TUSD. Cela réduit considérablement les coûts du gaz. (…) Enfin, l’augmentation du vote pour $SWRV prend effet après une heure au lieu de 2 semaines, vous pouvez donc commencer dès le départ. » – Swerve

Bien évidement ce projet n’a pas fait l’objet d’un audit et n’est absolument pas sécurisé. Mais il a le mérite de redonner le pouvoir à la communauté dans un esprit de décentralisation effectif qui manque cruellement à certains protocoles de cet univers. 

Hugh B.

Hugh B.

Grand voyageur. Passionné par l'univers des cryptomonnaies. J'attache une grande importance à la vulgarisation pour rendre les choses compréhensibles et accessibles à tous. Mes articles ne sont pas des conseils financiers.

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