DeFi vs communauté – La décentralisation se heurte aux attaques de gouvernance

 DeFi vs communauté – La décentralisation se heurte aux attaques de gouvernance

Chaque modèle économique repose sur des règles plus ou moins tacites. En ce qui concerne les cryptomonnaies, cela se conjugue avec décentralisation et gouvernance. Une dynamique insufflée par des volontés libertaires bien plus que libérales. Ce qui oblige les développeurs et fondateurs des projets concernés à laisser la communauté prendre la main sur le fruit de leur travail. Et ce n’est pas toujours aussi évident ou effectif que cela devrait l’être.

Notre société repose sur la centralisation, la prise de pouvoir individuelle et la mise en avant d’individus pas toujours (rarement) les plus intéressants. Une réalité à laquelle s’oppose très clairement l’univers des cryptomonnaies. Cela en affirmant une volonté d’anonymat historique, une force basée sur la répartition communautaire et une décentralisation plus ou moins idéologique.

Une logique qui va donc à l’encontre de notre construction sociale. Et qui fait de la cryptosphère un laboratoire d’expérimentation à ciel ouvert tout autant économique que social. Une dynamique au sein de laquelle s’est développée la Finance Décentralisée (DeFi). Comme une étape maintenant devenue évidente dans ce maillage numérique vers l’autonomie monétaire.

Le protocole Aave valide sa décentralisation

Et pour certains projets cela fonctionne parfaitement. C’est le cas actuellement avec la mise en place effective de la décentralisation du protocole Aave. Une information présentée à juste titre comme « historique » par l’équipe derrière ce projet. 

« Aujourd’hui marque un moment historique pour le protocole Aave : nous avons officiellement remis les clés d’administration du protocole à la gouvernance, une étape importante vers la décentralisation ! » – Aave

Une étape d’importance qui figure l’aboutissement d’une procédure complexe enclenchée il y a plusieurs mois déjà. Le tout accompagné de la migration de son jeton LEND vers le tout nouveau Aave. Cette dernière a été un succès et est effective depuis deux semaines maintenant. Une belle démonstration de décentralisation d’un protocole à fort potentiel qui figure dans le top 5 des projets phares de la DeFi

Un choix assumé depuis l’origine et jusqu’au bout par l’équipe du protocole Aave qui mérite d’être félicité. En particulier du fait de l’importance de ce projet au sein de la DeFi. Cette dernière restera cependant en place pour poursuivre son évolution. Mais cette fois-ci selon les besoins de la communauté et sans plus en avoir le contrôle. 

Gouvernance vs réalité

Mais ce tableau idyllique n’est malheureusement pas la règle dans le domaine. En particulier pour ce qui concerne la DeFi. Cela en partie du fait de la multitude de projets qui y voient le jour. Mais également des enjeux économiques colossaux que cela représente. Le tout venant se heurter à la difficulté très humaine d’accepter et de respecter cet acte de cession de son projet à une communauté. 

Il suffit de constater le récent échec de la plateforme Uniswap (UNI) à valider son tout premier vote de gouvernance. Cela du fait d’un manque de participants qui n’a pas permis d’enregistrer le résultat pourtant supérieur à 98% d’opinions favorables. Cela sur fond d’une décision proposée par la structure Dharma qui se révèle être la principale détentrice des jetons ayant servi à ce vote. 

Un constat qui soulève tout autant la question de l’investissement de la communauté dans ce processus de vote que la prise de contrôle décisionnaire des gros possesseurs de jetons.

Ce qui a été à l’origine d’un récent scandale à propos de la plateforme Curve (CRV) dont le fondateur a réalisé un véritable coup d’État. Cela en prenant de façon unilatérale le contrôle de plus de 70% du pouvoir de gouvernance. Le tout afin de s’opposer à ce qu’il considérait comme une trop forte « puissance de vote » en possession du protocole Yearn.finance (YFI). 

Bprotocol lance une attaque de gouvernance

Cette suite d’événements semble amener inévitablement à ce qui va suivre. Cela sous la forme de ce que l’on pourrait presque dorénavant appeler la « méthode DeFi. » Une procédure dont l’outil principal est le prêt instantané de type flashloan. Une ironie assez intéressante lorsque l’on sait qu’il est le fer de lance du protocole Aave. Mais également l’arme privilégiée et indispensable de toutes les attaques de la DeFi.

Un fait confirmé par cette récente information qui fait état d’un nouveau scandale mettant en cause le principe de décentralisation d’un protocole de la DeFi. Cela sous la forme de ce qui semble être une attaque de gouvernance. Une nouvelle technique d’exploitation de faille assez innovante dans le domaine. Et dont le but n’est pas le vol de fonds, mais la prise de contrôle de la puissance de vote.

Une initiative à l’origine du fondateur du projet Bprotocol, ancien directeur technique de la plateforme décentralisée historique Kyber. Cela sous la forme d’un emprunt de 7 millions de dollars en jetons de gouvernance MKR. Un prêt de type flashloan effectué dans le seul but de faire passer sa propre proposition sur le protocole MakerDAO. Ce qu’il est parvenu à faire ! 

Et une fois le vote terminé et validé, il a simplement déverrouillé les fonds afin de les restituer sous la forme d’une transaction unique.

MakerDAO obligé de réagir

Le protocole MakerDAO a été obligé de réagir, mais trop tard. En premier lieu sous la forme d’une demande à l’attention des détenteurs de jetons MKR. Cela afin d’éviter qu’un trop grand nombre d’entre eux ne soient rendus disponibles sur les plateformes décentralisées (DEX). Car cela pourrait faciliter la mise en place de nouvelles opérations de ce type. 

Ensuite en mettant en place un montant minimum de 100 000 MKR pour pouvoir débloquer certaines capacités du réseau. Ce qui est bien au-dessus de l’encours de liquidité disponible.

Quoi qu’il en soit, cette opération de Bprotocol pose des problèmes de calendrier à MakerDAO. En particulier dans le cadre de l’intégration programmée de Yearn.finance et Balancer comme garantie pour ses prêts. Ce qui devait normalement intervenir dans le courant de cette semaine.

Tout cela pose la question essentielle de ce que doit être la décentralisation dans l’univers des cryptomonnaies. Mais également et surtout de ce qu’elle ne doit pas permettre. Tout en mettant en lumière que son principe de gouvernance doit s’accompagner d’un investissement effectif de sa communauté. Mais également d’une certaine éthique de la part des gros possesseurs de jetons. 

Car la mise en place d’un espace de liberté ne peut pas se transformer en terrain de jeu pour des individus sans aucun sens moral ! 

Hugh B.

Hugh B.

Passionné par l'univers des cryptomonnaies. J'attache une grande importance à la vulgarisation pour rendre les choses compréhensibles et accessibles à tous. Mes articles ne sont en aucun cas des conseils financiers. DYOR !

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