La Blockchain peut-elle nous protéger des dérives de notre société ?

Dans cet article, nous allons nous pencher sur les plus gros scandales que nos sociétés modernes doivent affronter et les solutions que pourraient apporter les registres distribués (systèmes cryptographiques) comme les blockchains. Certains de ces scandales sont récurrents, mettant en danger des droits individuels fondamentaux, l’organisation collective, la santé publique et encore bien d’autres secteurs importants.

I. La mise en danger de la vie privée

Depuis un certain nombre d’années, notamment avec l’arrivée de la Big Data, certains géants de l’informatique profitent des données des utilisateurs à des fins commerciales et politiques. La protection de la vie privée n'est donc plus assurée. C’est grâce aux différents scandales qui ont éclaté que la population commence à se rendre compte de l’influence et de la portée des possibilités des possesseurs de ces données, comme la campagne américaine de Donald Trump ou encore le Brexit.

Le premier scandale était celui de l’entreprise Yahoo, qui a publié en 2013 un communiqué affirmant qu’un milliard de comptes avaient été piratés entraînant le vol de données lors d’une cyber attaque. Au cours de l’année 2012, ils avaient déjà été victimes de deux autres attaques (200 millions puis 500 millions de comptes piratés). Les informations auraient été mises à disposition de réseaux malveillants pour 1.800 dollars. Les noms, numéros de téléphone, dates de naissance, mots de passe et même les questions de sécurité ont été subtilisés. Il est fréquent que les utilisateurs utilisent le même mot de passe pour différents services internet : la sécurité de leurs autres comptes était donc compromise.

Le logo de la multinationale Yahoo!

En juin 2013, Edward Snowden délivre à deux journalistes un nombre de documents très volumineux (20.000 au début pour atteindre de 1,7 million de documents au fil des années) concernant la surveillance mondiale par la NSA d’Internet et des moyens de communication. L’affaire Snowden est probablement le scandale qui a fait couler le plus d’encre au cours de ces dernières années, un film a même été réalisé sur cet événement majeur. Les documents qu’Edward Snowden a révélés font état d’une surveillance massive et mondiale de la part de la NSA : programmes de surveillance de masse des appels téléphoniques et des échanges en ligne, mise sur écoute de nombreux dirigeants étrangers dont les trois derniers présidents français (mais aussi le conseil européen à Bruxelles, le siège des Nations-Unies, des câbles sous-marins de télécommunications intercontinentales, etc.) et même une surveillance des citoyens ordinaires aux Etats-Unis.

Cela va plus loin, car la CIA a également infiltré de nombreux ordinateurs personnels en y implantant des logiciels espions (Windows, Mac, Linux) mais a également piraté un certain nombre de routeurs WIFI pour surveiller l’activité sur Internet, tout en contournant les logiciels anti-virus. Il a même été prouvé que l’agence est capable de pirater les téléviseurs connectés à Internet, transformant les télévisions en station d’écoute et d’enregistrement des conversations du salon, même lorsqu’elle est éteinte. Des publications de Wikileaks montrent que tous les objets connectés sont potentiellement piratables comme les automobiles et les programmes d’intelligence artificielle (Alexa de Amazon). Les objets connectés ont donc également apporté leur part de déconstruction de la vie privée.

On pourrait considérer que les libertés ne sont plus garanties, notamment aux Etats-Unis où toute dissidence intellectuelle est maintenant considérée comme un “discours de haine”. Le quatrième amendement, qui garantit “le droit du peuple à préserver sa sécurité physique et ses biens contre les fouilles et les saisies abusives” ne serait plus à l’ordre du jour. Les renseignements américains continuent de sonder de plus en plus profondément dans nos vies en imposant peu à peu à la nation un état de surveillance Orwellien.

En 2014, une société de publication stratégique du nom de Cambridge Analytica commence à recueillir les données personnelles d’un grand nombre d’utilisateurs Facebook. Les journaux comme le Guardian ou New York Times ont évoqué le chiffre de 50 millions d’utilisateurs concernés, contre 30 millions pour Cambridge Analytica et 87 millions pour Facebook. Par un simple test de personnalité, ils ont pu accaparer les données des utilisateurs et de leurs amis, pour ensuite créer des profils psychographiques qui ont été utilisés à des fins commerciales et politiques.

Pour utiliser une application, un jeu ou un service Facebook, il faut généralement au préalable accepter que nos données soient récupérées par l’application : condition sinequanone pour pouvoir se servir de ladite application. C’est de cette façon que Cambridge Analytica a pu obtenir les données personnelles de nombreux utilisateurs. Il est cependant possible de supprimer l’accès à ces applications dans la rubrique “Applications” des paramètres Facebook après utilisation.

Ces données auraient dû être effacées par la société Cambridge Analytica suite à la demande de Mark Zuckerberg mais cela n’a pas été fait. Officiellement ils avaient pourtant certifié que cela avait été réalisé. Aujourd’hui encore, Facebook doit se défendre des accusations portées contre les failles de sa politique de confidentialité des données personnelles.

Un chercheur californien, Michal Kosinski, explique que : "Nous pouvons transformer vos 'likes' sur Facebook en des prédictions fiables de vos opinions politiques, religieuses, de votre intelligence, votre orientation sexuelle. Ou même si vos parents sont divorcés". En effet, 68 likes suffisent à établir un profil psychologique de l’utilisateur (anxieux, sympa, ouvert ou dépressif)

D'après lui, en analysant 10 de vos likes sur Facebook, l'algorithme vous connaît mieux que vos collègues. Avec 100, il vous connaît mieux que votre famille. Et avec 230, il vous connaît mieux que votre conjoint.

Les données compromises des utilisateurs Facebook ont été utilisées afin de cibler des publicités politiques lors de la campagne présidentielle de Donald Trump, l’élection du sénateur Ted Cruz, du candidat Ben Carson ou encore lors de la campagne sur le référendum du Brexit.

En effet, Donald Trump a engagé Cambridge Analytica lors de sa campagne (Steve Bannon, son conseiller, était vice-président du conseil d’administration de cette entreprise) pour l’aider à identifier les électeurs à cibler via des publicités, à organiser ces dates de campagne et les lieux à visiter ainsi que le contenu de son discours. En plus de cela, ils ont également testé 175.000 variations publicitaires, où les couleurs, photos, légendes et vidéos étaient adaptés aux profils ciblés.

Par exemple, à Miami, les internautes ont vu passer un post de Trump dénonçant l’échec de la Fondation Clinton après le séisme de 2016. Mais également une vidéo de la candidate démocrate affirmant que “les hommes noirs sont des prédateurs”, qui était destinée aux utilisateurs afro-américains. Est-ce que tout cela a suffi à influencer les votes des utilisateurs Facebook ?

Nous avons tous une vie privée à préserver. C'est pour cela nous portons des vêtements, que nous ne parlons d’argent qu'en bonne compagnie et que nous nous inquiétons quand notre numéro de sécurité sociale est volé. Si le fait que la CIA puisse accéder à des informations privées et intimes en piratant illégalement nos moyens informatiques n’a pas d’importance, alors qu’est-ce qui en a encore ?

Comment se protéger ?

La résistance s’organise face aux réseaux informatiques mondiaux de plus en plus concentrés entre les mains de quelques acteurs. La centralisation des données, des services et des infrastructures, déborde de constats alarmants sur la vie privée et la liberté sur Internet. Les Frightful Five (Amazon, Facebook, Microsoft, Apple et Alphabet, maison mère de Google) ont étendu leur domination sur le réseau. En 2015, ils ont généré plus de 500 milliards de dollars de chiffre d’affaires : ces entreprises n’auraient jamais été aussi imposantes sans prendre la main sur notre vie virtuelle.

L’inventeur du world wide web, Tim Berners-Lee, est inquiet de ce qu’est devenue sa création. Il décide donc de se joindre au combat pour la décentralisation du web. Il a d’ailleurs donné une conférence pour promouvoir le web décentralisé au Decentralized Web Summit de San Francisco en 2016, où se trouvaient des grands acteurs d’Internet.

Son objectif est de : "Rendre le web ouvert, sûr et libéré de la censure en répartissant les données, leur traitement et leur hébergement auprès de millions d'ordinateurs autour du monde, sans contrôle centralisé". Il se bat pour un modèle de réseaux informatiques en peer-to-peer (P2P) car cela permet d’éviter la centralisation, il reprend le modèle des fichiers torrents. En effet, une architecture peer-to-peer est un environnement client-serveur où chaque programme connecté est susceptible d’être à tour de rôle client ou serveur.

Telegram Messenger est une application russe de messagerie sécurisée et hébergée sur le cloud qui a été créée en 2013. Elle permet d’envoyer des photos, messages ou documents sans limite de taille mais également d’envoyer des messages chiffrés de bout en bout qui ne sont pas stockés sur les serveurs, de façon décentralisée et en protégeant les utilisateurs.

L’application Signal a également été développée dans le but de chiffrer les communications. C’est un logiciel libre, gratuit et disponible sur toutes les plateformes à condition d’avoir un numéro de téléphone. Les communications sont chiffrées de bout en bout et les clés de chiffrement sont générées et stockées par les utilisateurs ce qui garantit une confidentialité optimale. Il a même été recommandé par Edward Snowden.

D’autres projets de décentralisation du web sont conçus pour être immunisés contre toute tentative de censure et accessible à tous. La plateforme Freenet conserve et distribue des informations cryptées en mutualisant les capacités de ses utilisateurs depuis une quinzaine d’années, tandis que Aether se présente comme un site de social bookmarking comme Reddit, avec une promesse d’anonymat.

Un moteur de recherche français est né en 2013 du nom de Qwant . C'est “le moteur de recherche qui respecte votre vie privée”. Depuis son lancement, il a annoncé sa volonté de ne pas tracer ses utilisateurs ni vendre leurs données personnelles afin de garantir leur vie privée. En 2015, il a été qualifié de “Google français en marche” de la part d’Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie. Il est également utilisé par défaut lorsque vous installez le navigateur Brave.

Depuis quelques années, une autre forme de résistance s’est établie contre la centralisation : la Blockchain. Elle rend obsolètes certains intermédiaires, le fonctionnement étant assuré de façon collective par sa communauté et de manière automatisée grâce à la technologie. De nombreux projets d’anonymat et de protection de la vie privée voient le jour grâce à cette technologie.

C’est notamment le cas de PIVX (Private Instant Verified Transaction), né d’un fork du code de DASH (une cryptomonnaie anonyme). C'est un projet blockchain basé sur le respect de la vie privée. C’est la première cryptomonnaie qui fonctionne avec le protocole Zerocoin qui utilise un système de validation des transactions en Preuve sans Connaissance (Zero-Knowledge Proof). Cela permet à un utilisateur du réseau de prouver qu’une transaction est vraie sans donner aucune autre information excepté le fait que l’argent a été envoyé ou reçu. L’anonymat est alors complètement respecté.

Il existe donc des projets pleins de promesses, mais il est difficile de convaincre le grand public de se tourner vers ces services quand on les compare aux offres des géants d’Internet. De plus, la technicité des termes comme la décentralisation et la neutralité du web ralentissent la sensibilisation de la population à ces nouvelles méthodes de protection de la vie privée. Cependant, une partie de la population commence à se protéger de ces géants de l’information, en boycottant leurs services et en utilisant des plateformes plus éthiques. Le boom éthique de la cryptographie à venir va également avoir son rôle à jouer dans un « world wide web » à l’image de son créateur.

II. La Traçabilité opaque sur les biens communs

Depuis une vingtaine d’années, les biens communs sont également sujets aux scandales, notamment à propos de leur traçabilité. Que ce soit dans le milieu alimentaire, le secteur du luxe, du prêt-à-porter ou encore de l’automobile, tout le monde est concerné. L’impression de l’hygiène apportée par le suremballage et la présentation exemplaire en magasin sont des arguments de vente pour les acteurs de l’agro-industriel, mais cela cache potentiellement des pratiques douteuses pour produire plus et à moindres frais. De nombreux exemples ont déjà été dévoilés au monde entier concernant la maltraitance animale, l’utilisation de main d’oeuvre infantile très bon marché dans les pays émergents ou encore l’utilisation d'éléments toxiques pour la santé dans certains produits (comme Monsanto).

Aujourd'hui, les consommateurs souhaitent de la transparence sur les produits de la vie courante car leur confiance s’effrite de plus en plus après chaque scandale. Cette volonté de changement de la part des consommateurs vient de plusieurs scandales qui ont terni l’image de certains géants de l’alimentaire. Cela ne dure généralement pas très longtemps avant qu’un scandale soit effacé par le suivant car la mémoire collective est malheureusement relativement courte. Faisons un rappel des plus importants scandales :

1996 : La maladie de la vache folle (Europe)
C’est le scandale qui a été le plus médiatisé. La maladie vient de la nourriture à base de “farines animales”, c’est à dire des carcasses et abats d’animaux et elle cause la dégénérescence mortelle du système nerveux central. En 1996, les premiers cas de transmission à l’homme sont recensés. Au final, 204 personnes sont mortes de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

2008 : Mélanine dans le lait en poudre (Chine)
La mélanine (produit que l’on retrouve dans la colle) est découverte dans des lots de lait infantile en poudre en Chine. Les chiffres donnent jusqu’à 300.000 nouveau-nés malades et 6 décès.

2012 : Tartelette IKEA aux matières fécales
Les autorités sanitaires chinoises annoncent avoir décelé des taux élevés de bactéries coliformes dans des tartelettes au chocolat vendues par IKEA, ce qui témoigne d’une contamination fécale. À la suite de ce bad buzz, le géant suédois réagit rapidement en retirant ces produits de la vente dans 23 pays.

2013 : Lasagnes pur boeuf à la viande de cheval et falsification de dates de péremption.
Findus et d’autres marques ont déclaré la présence de viande équine dans leurs lasagnes. Plus de 28 enseignes françaises sont concernées dans la vente de ces produits dont Picard, Carrefour, Auchan et ce dans 13 pays différents. Le producteur de viande est Sanghero, également français. Il a été accusé d’avoir modifié les étiquettes de lots de viande de cheval roumaine en pur boeuf origine EU. Cela concerne plus de 500 tonnes de viande de cheval. Le procès a eu lieu en janvier et février 2019.

Cette même année, Taiwan également a été touché par des problèmes de sécurité alimentaire. C’est ainsi que du thé importé contenait des pesticides. Puis, les dates de vente de cinq produits de mer surgelés de Hsiang Er Sheng ont été altérées.

2015 - 2017 : Des fermes équines nommées “fermes à sang”. (Argentine et Uruguay)
Ces industries de l’horreur exploitent des juments pour leur extraire une hormone particulière, uniquement sécrétée lorsqu’elles sont gestantes. Elles se font prélever jusqu’à 10 litres de sang (l’équivalent de 2 litres pour une personne adulte) jusqu’à deux fois par semaine et sont maltraitées. Les industries pharmaceutiques et les élevages français et européens s’arrachent cette hormone à prix d’or sans se soucier de la provenance.

Une jument et sa jambe cassée, exemple de cas présent sur place

Une jument et sa jambe cassée, exemple de cas présent sur place

2017 : Fipronil dans les œufs et le lait contaminé aux salmonelles (Europe)
Le scandale aura marqué les mois d'été 2017 : des œufs en provenance des Pays-Bas ont été contaminés au fipronil. Plusieurs centaines de milliers d’œufs contaminés ont été importés et transformés dans la grande distribution française. Suite au scandale, certaines ONG, notamment FoodWatch ont pointé du doigt le système de traçabilité européen. Il n’était toujours pas fiable, et ce malgré des promesses politiques répétées allant en ce sens.

Début décembre, les autorités sanitaires françaises annoncent que 37 nourrissons ont été contaminés à la salmonellose, suite à la consommation de produits laitiers fabriqués dans une usine française de Lactalis. Suite aux accusations, l’entreprise identifie la source du problème et ferme une partie de son usine. Mais les grands distributeurs (Leclerc, Auchan...) ont tardé à mettre en place le rappel des produits ce qui a potentiellement contaminé encore plus de nourrissons que les chiffres officiels.

Les scandales réglementaires, industriels et alimentaires de ces dernières années ont conduit à une défiance globale envers les produits de consommation. Afin de nous rassurer, les marques tentent d’apporter les preuves de la qualité de leurs produits : « D’où viennent-ils ? De quoi sont-ils composés ? Comment sont-ils faits ? ». Cependant, ces informations sur les origines et les étapes de transformation sont difficiles à obtenir et à consolider à cause du nombre important d’acteurs et de sous-traitants impliqués tout au long de la chaîne.

Comment se protéger ?

La Blockchain est conçue pour apporter des solutions aux écosystèmes complexes où il n’y a pas d’acteur central, où les acteurs qui collaborent ne se font pas naturellement confiance, où l’accès à la donnée doit être centralisé et où la protection des données est essentielle. C’est le cas de la logistique. La Blockchain est une technologie qui va fédérer l’écosystème. Elle recrée la confiance nécessaire pour faire collaborer des acteurs parfois partenaires, parfois concurrents en garantissant sécurité, traçabilité et confidentialité.

La Blockchain offre une visibilité de bout en bout des expéditions de marchandises. Comment ? Chaque évènement qui concerne un produit donné (production, transformation, transport, entreposage, livraison, etc.) est consigné, sous la forme d’une transaction, dans la Blockchain. Cette dernière trace de la même manière la documentation et le conditionnement, associés à ce produit. La Blockchain permet donc une traçabilité produit, documentaire et du conditionnement : on peut parler de traçabilité complète.

Carrefour s’est déjà lancé dans un projet Blockchain avec le “Act For Food” qui est basé sur une blockchain alimentaire. Cela constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre les producteurs et distributeurs depuis sa création. C’est la première enseigne qui garantit aux consommateurs une transparence complète sur le suivi de certains produits. Casino a également mis en place le suivi de ses produits, et dans un cadre plus international : Walmart.

D'autres initiatives voient le jour comme la collaboration entre Nestlé, Carrefour et IBM ou encore le projet asiatique VeChain.

III. Les scandales économiques et financiers

Même si les scandales sur des produits de la grande distribution prennent beaucoup de place, notamment dans les médias, il existe également des scandales qui concernent la finance : clé de voûte de nos sociétés actuelles. Ils ont beaucoup plus d’impact sur l’économie mondiale (en témoigne les différentes crises financières).

1920 : Charles Ponzi et sa pyramide frauduleuse
C’est le père de toutes les escroqueries pyramidales. Il utilisait des “coupons réponses internationaux” dont la valeur diverge selon les pays. Pour chaque échange, il empoche une plus-value. Il décide alors de créer la Security Exchange Company qui propose un retour sur investissement de 50% en 45 jours. Les premiers investisseurs se précipitent et Ponzi devient rapidement millionnaire. Le système est cependant intenable puisque les souscripteurs sont trop nombreux. Charles Ponzi est alors obligé de tricher en rémunérant les premiers investisseurs avec les dépôts des derniers. Il se fait ensuite arrêter et emprisonner en laissant des milliers de personnes sur la touche.

1932 : L’affaire Stavisky, affaire politico-financière
Alexandre Stavisky avait de puissants appuis dans le monde politique de l’époque, ce qui lui a permis de détourner plus de 200 millions de francs au détriment du Crédit municipal de Bayonne. Avec la complicité du député-maire, il émet des bons gagés sur des dépôts inexistants. Quand l’affaire éclate, il se suicide avant d’être arrêté.

1995 : La banque Barings fait faillite
C’est Nick Leeson qui est le responsable, un trader renommé de la Barings, la plus ancienne banque du Royaume-Uni. Il a décidé de prendre des risques inconsidérés sur un indice japonais qui a plongé suite au tremblement de terre de Kobé. Lorsque les pertes deviennent insurmontables, l’homme prend la fuite. Il sera arrêté et la banque fait alors faillite après 233 ans d’existence.

2001 : La chute d’un géant américain de l’énergie : Enron
Enron, société spécialisée dans l’énergie et le courtage, pesant plus de 100 milliards de chiffre d’affaires, a sombré en 2001. Pour contrôler le prix de l’énergie et dissimuler les dettes de la maison mère, ils avaient créé plus de 3000 sociétés offshores. En fin d’année, une enquête est ouverte et la société est mise en faillite.

2007 : Crise des Subprimes
C’est une crise financière qui a touché le secteur des prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis à partir de juillet 2007. Les banques et les fonds d’investissement sont touchés par cette crise et la généralisent au monde entier car les créances titrisées (en particulier les ABS et les Collateralized Debt Obligations, CDO) ne trouvent plus d’acquéreurs. Un ABS est un Asset Backed Security (titres adossés à des actifs) et renvoie à des valeurs mobilières. Il est utilisé par de nombreuses entreprises, banques ou établissements financiers dans le but de corriger la liquidité de certains titres et d’optimiser leurs capitaux. Ces ABS comportent des risques de dévaluation des actifs qui peuvent avoir de lourdes conséquences sur le marché. En effet les ABS et le CMBS (Collateralized Mortgage Back Securities) étendent le risque au niveau de tous les investisseurs et plus uniquement à l’établissement émetteur ce qui fragilise tous les acteurs et se transforme en cercle vicieux. Les dépréciations de ces créances sont chiffrées à 945 milliards de dollars par le FMI en 2008, ce qui a fait chuter d’autant les capitaux propres des banques. Les états ont effectué une recapitalisation pour sauver de nombreuses banques de la faillite, ce qui n’a pas empêché la crise financière de 2008 de se produire.

2008 : Jérôme Kerviel et l’affaire Madoff
En quelques jours, Jérôme Kerviel est devenu le trader le plus célèbre de France. En janvier 2008, la Société Générale annonce une fraude de 5 milliards d’euros. Le trader est accusé d’avoir pris des positions frauduleuses en contradiction avec ces prérogatives et d’avoir dissimulé ces opérations. Lorsque la banque découvre la situation, elle met en vente les 50 milliards d’euros placés par Jérôme Kerviel : les marchés s’effondrent et la moins-value atteint 4,9 milliards d’euros.

La même année, Bernard Madoff est devenu l’une des vedettes de Wall Street. Il choisissait ses clients en leur faisant croire qu’ils plaçaient leur argent dans la bourse du Nasdaq. Les taux de rendement mirobolants n’étaient permis que grâce à l’arrivée de nouveaux déposants. Lors de la crise, il n’était plus en capacité de rembourser ses clients. Le montant de la fraude s’élève alors à 50 milliards de dollars.

2015 : Les LuxLeaks
En plus des personnalités impliquées dans ces scandales, certaines multinationales sont aussi sous le feu des projecteurs suite aux révélations du Luxembourg Leaks (LuxLeaks). Parmi elles, Apple, Amazon, Heinz, Pepsi, Disney, Skype ou encore Ikea sont accusés de pratiques d’évitement et de dumping fiscal, perpétrés au Luxembourg. Dans ce procès, ce sont les lanceurs d’alerte qui ont été jugés et condamnés pour avoir fait fuiter des documents. Un des deux lanceurs d’alerte a été acquitté, car la Cour de Cassation qui a jugé l’affaire reconnaît, depuis cette affaire, le statut de lanceur d’alerte. Cela poussera probablement plus d’employés complices de pratiques illégales malgré eux, à dénoncer ces faits.

2016 : Les Panama Papers
Une enquête planétaire sur les paradis fiscaux, les Panama Papers, dévoile des documents prouvant l’existence d’avoir dans des paradis fiscaux. Sont concernés 140 responsables politiques ou personnalités importantes entre 1977 et 2005. Avec plus de 214 000 entités offshores dans 200 pays à travers le monde, la somme détournée serait d’environ deux milliards de dollars. Parmi les concernés, la famille de Xi JinPing, le président argentin Mauricio Macri, Messi, des dirigeants de la FIFA ou encore Jérôme Cahuzac.

Pour quelles conséquences ?

Les différents scandales financiers ont eu un impact considérable sur l’économie et sur la stabilité de la sphère financière. En effet, lorsque des banques font faillites ou lorsque l’on apprend que des milliards ont été détournés ou perdus, cela entraîne la perte de confiance des utilisateurs. C’est ainsi que les conseillers bancaires se retrouvent confrontés à l’agressivité de la clientèle, à des dégradations des agences bancaires lors des manifestations (loi travail, gilets jaunes).

On peut alors se poser des questions légitimes sur la corruption, notamment dans les pays développés. D’après un article de SudOuest.fr, le coût direct et indirect de la corruption atteint 6,3% du PIB de l’Union Européenne. Ce chiffre regroupe les malversations, pots de vin, arrangements entre “amis” pour un total entre 179 et 990 milliards d’euros par an (de l’optimiste au pessimiste). La corruption déstabilise donc les institutions, les politiques, l’économie ainsi que la confiance que l’on peut donner à ces acteurs. La France est tout de même bien classée en termes de risques de corruption.

Comment se protéger ?

Face à ces scandales d’importances variés, le simple consommateur est impuissant et n’a pas énormément de possibilités de protéger son capital. En effet, la protection de celui-ci est plus ou moins assurée par les Etats lors de crises financières mondiales. Ils donnent aux banques ce dont elles ont besoin pour pouvoir rembourser les citoyens et éviter le phénomène de “bankrun” (c’est une course aux guichets dans le cas où les clients d’une banque retirent leurs dépôts craignant une insolvabilité).

Une des grandes lignes de protection contre les différents scandales et crises financières à répétition est la désintermédiation, que ce soit dans le système financier, politique ou encore économique. C’est un processus économique consistant à réduire ou à supprimer les intermédiaires sur une chaîne de valeur, le circuit long se transforme alors en circuit court.

IV. Conclusion

Tous les secteurs d’activité peuvent être concernés comme nous avons pu le voir précédemment. Les plateformes financières développent déjà des applications et des systèmes d’information intelligents dans le but d’engager la désintermédiation bancaire et financière. La technologie Blockchain apporte déjà des solutions à cela, mais c’est l’adoption massive qui va permettre de réduire considérablement les intermédiaires, et ce dans tous les domaines.

 

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