Cryptomonnaies

Les zinzins et la crypto

13 Déc 2021 - 07:27

Ce n’est pas un scoop, la finance classique a commencé à s’intéresser sérieusement aux cryptomonnaies. Elles sont devenues une classe d’actifs convoitée, digne d’intégrer les portefeuilles des institutionnels, au point que dans des enquêtes portant sur les stratégies d’investissement de fonds richement dotés, elles apparaissent désormais comme un sujet à part entière. Ainsi, Natixis vient de publier les résultats d’une enquête menée auprès de 500 investisseurs qualifiés. Pas de grosses révélations, mais la confirmation d’une tendance qui s’affirme en dépit d’une « correction majeure » annoncée.

Enquête auprès des investisseurs institutionnels

Les spéculations vont bon train quant au devenir du marché crypto en 2022. Chacun y va de son pronostic en fonction du sens du vent… Ou d’indicateurs techniques ou macro-économiques un peu plus sérieux. Aussi, se pliant à cet exercice rituel de la prédiction au moment où l’année se meurt, Natixis Investments Managers (gestionnaire d’actifs, filiale du groupe financier français Natixis) a mené l’enquête via CoreData Research. Le public ciblé : un panel de 500 investisseurs institutionnels gérant collectivement plus de 13 200 milliards de dollars d’actifs pour le compte de caisses de retraite, d’assureurs, de fonds souverains, de fondations et de fonds de dotation dans le monde entier.

Précisons que l’enquête menée en octobre et novembre porte sur les perspectives financières globales attendues pour 2022 avec un volet cryptomonnaies loin d’être central. Néanmoins, c’est bien évidemment cet aspect-là qui nous intéresse et sur lequel nous allons nous attarder.

Les zinzins et les cryptos

De fait, le rapport issu de l’enquête n’apporte pas de grandes révélations quant au positionnement des zinzins par rapport aux cryptomonnaies. Comme relayé tout au long de l’année écoulée, les investisseurs institutionnels sont indéniablement devenus des acteurs incontournables du marché. Plus précisément, si leur nombre est croissant, il reste encore marginal, mais en revanche, par l’ampleur des fonds engagés, ils représentent une part grandissante de la capitalisation boursière de Bitcoin et compagnie.

Un mouvement est assurément enclenché, confirmé par 40% des répondants qui affirment que la crypto est dorénavant une option d’investissement légitime … Et concret pour 28% des institutions sollicitées qui y investissent activement et qui prévoient pour un tiers d’entre elles d’augmenter leurs avoirs en 2022. En tout, entre celles déjà engagées et celles qui ne le sont pas encore, 8% d’entre elles, selon l’étude, prévoient une allocation dédiée à cette classe d’actifs l’année prochaine.

Pas d’information particulière quant aux cryptomonnaies élues. Mais on sait qu’aujourd’hui le portefeuille des investisseurs qualifiés n’est plus circonscrit au seul bitcoin. Ether notamment s’y est ménagé une place de choix et, dans une moindre mesure, un certain nombre d’altcoins (SOL, DOT, ADA, LINK… ) boosté par la locomotive Grayscale Investments et ses 16 fonds dédiés.

Le bitcoin, réserve de valeur ?

Néanmoins, le pionnier Bitcoin reste encore premier en termes de convoitise, sans même parler de MicroStrategy qui bat tous les records en matière de gloutonnerie. L’argument-phare de Michael Saylor son PDG, repris par les uns et les autres, pour justifier d’achats incessants et pantagruéliques dans le bitcoin est de se constituer une couverture contre l’inflation dans un contexte de crise sanitaire où le quantitative easing – trivialement la planche à billets – a fonctionné à plein. Un argument qui peut se discuter dans la mesure où dernièrement le prix du bitcoin a chuté au moment même où s’officialisait aux Etats-Unis un taux d’inflation annualisé de 6,8%, le plus haut depuis 40 ans…

Sans doute que dans un marché encore jeune, caractérisé par une volatilité extrême, considérer bitcoin comme une réserve de valeur est un peu prématuré. Il en a les attributs mais pas encore la maturité ou dit autrement, ses atours spéculatifs l’éloignent pour le moment d’une stabilité attendue pour remplir instamment cette fonction.

« Correction majeure » sur les cryptos en 2022

Aussi, venons-en à la réponse qui a suscité le plus d’agacement de la part de la cryptosphère et qui a fait les titres de Bloomberg et autres publications : la correction du marché des cryptos prévue pour 2022 par la majorité des répondants.

Déjà, référons-nous à la question. L’interrogation portait sur les marchés qui d’après eux étaient le plus susceptible de connaître une correction majeure. Devant les obligations sensibles aux taux d’intérêt (45%), les actions (41%) et la technologie (39%), la cryptomonnaie est arrivée bonne première.

Rien de surprenant au vu d’un rallye haussier qui a commencé en octobre 2020 et qui devrait selon toute probabilité achever son cycle dans les mois qui viennent.

Un recul inévitable déjà anticipé par les observateurs patentés du marché qui savent « timer » le marché à l’aide d’indicateurs techniques divers qui ont prouvé leur fiabilité dans le passé. Entendons-nous bien, on reste toujours dans le domaine des probabilités et non de la certitude absolue. Néanmoins certaines choses sont acquises dont cette vérité de La Palice selon laquelle tout ce qui monte finit toujours par descendre. De fait, en admettant même que les cycles du marché crypto s’allongent, la correction majeure (si elle n’est pas déjà amorcée) devrait intervenir selon toute vraisemblance dans le courant de l’année prochaine.

Un climat de méfiance

Aussi, face à une telle évidence, l’irritation de certains peut sembler surprenante. Mais elle manifeste surtout une méfiance vis à vis d’institutionnels soupçonnés de vouloir manipuler le marché à leur profit. Une boutade récurrente dans la cryptosphère est de faire précisément le contraire de ce qu’ils énoncent. Par le passé, le conseil a été plutôt bénéfique…

Et, il est certain que l’affirmation selon laquelle c’est un investissement peu approprié pour les particuliers, selon les trois quarts des répondants, n’est pas de nature à pacifier un lien difficile. Il serait bon qu’ils se souviennent que ce marché existe d’abord grâce à la volonté d’individus isolés qui ont fait communauté et qui ont par la seule force de leur conviction, réussi à développer un écosystème singulier envers et contre tous.

L’occasion de rappeler que les cryptomonnaies restent une opportunité à nulle autre pareille pour toute personne désireuse de se responsabiliser d’un point de vue financier, à condition d’assumer l’aspect décentralisé de cet univers. Dans une industrie de plus en plus phagocytée par des professionnels de la finance, le « Not your keys, not your bitcoin ! » reste d’une vibrante actualité.

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