Pédopornographie hébergée sur le réseau Bitcoin: pourquoi c’est exagéré

Les médias ont relayé ces derniers temps une information peu recommandable sur Bitcoin et ce qu’il abriterait, de la pédopornographie, tout le monde pouvant y accéder. Cependant, ce n’est pas l’exacte vérité.

Depuis ses débuts, le bitcoin souffre d’une méfiance à tous les égards, cette crypto-monnaie a été tantôt qualifiée d’outil pour terroristes,  trafiquants de drogue ou pirates, voir encore d’une « valeur sûre » pour blanchir de l’argent et contribuer à l’expansion des crimes et des délits. C’est un nouveau pas qui a été franchi récemment avec la qualification du bitcoin en tant que service promouvant la pédopornographie.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Voici quelques explications qui permettront de clarifier la situation.

La blockchain Bitcoin contient des contenus enregistrés qui sont en majorités prédéfinies. Si un individu a bien la possibilité d’ajouter du contenu personnalisé à l’intérieur de cette blockchain, les contraintes sont conséquentes.

En effet, Bitcoin n’a jamais été conçue pour autre chose que constituer un registre de transactions financières. Ainsi, le seul moyen d’y inscrire des données arbitraires est de détourner la fonction OP_RETURN, qui sert habituellement à marquer des transactions comme non valides. En plus d’être extrêmement décriée, cette méthode ne permet de stocker qu’au maximum 83 octets, soit une taille dérisoire quand on voit qu’une musique sur notre ordinateur se compte déjà en mégaoctets. Bien trop peu pour téléverser une image sur la blockchain Bitcoin, donc.

En 2014, une mise à jour de Bitcoin avait divisé par deux la capacité de la fonction OP_RETURN pour restreindre encore plus son utilisation à des fins de stockage (elle consomme excessivement de la RAM chez les mineurs) . Il reviendra cependant à 83 octets quelques mois plus tard.

Des fichiers cachés pas si facile d’accès

Un autre point essentiel est aussi qu’un utilisateur lambda ne verra pas ce contenu tel quel, et devra être en possession du  hash d’une transaction qui ressemblera à ceci : 51eaf04f9dbbc1417dc97e789edd0c37ecda88bac490434e367ea81b71b7b015. Difficile de parvenir à voir de la pornographie infantile dans ces conditions, d’autant plus qu’en raison de leur status très particulier, les données OP_return ne sont pas affichées sur des sites comme blochain.info .

En réalité, un individu devra pour tomber sur le contenu illégal (présent en quantité infime) remplir ces conditions :

1. Télécharger l’intégralité de la chaîne de blocs bitcoin et parcourir 251 millions de transactions pour trouver les 1,4 % qui contiennent des données arbitraires.

2. Extraire tous les liens Web qui pourraient être cachés dans les données en  convertissant les données qui sont stockés sous forme hexadécimal.

3. Taper les liens dans un navigateur jusqu’à tomber sur un site Web toujours accessible et pour cela, utiliser Tor.

En tant que personne influente de milieu du bitcoin, Nic Carter a écrit :

«Tout journaliste écrivant sur l’injection de contenu arbitraire dans la blockchain Bitcoin doit être extrêmement prudent pour détailler dans quelle mesure ce contenu existe, est extractible, visible, etc. Une chaîne de texte qui est un lien URL vers un [site affichant une chose] n’est pas [la chose elle-même]. C’est une très mauvaise interprétation. Ne confondez pas les deux. Si vous êtes prêt à prétendre que “la blockchain contient X”, vous devriez être en mesure de prouver que vous pouvez extraire X.  »

La technologie blockchain peut servir de stockage, pas Bitcoin

La complexité pour arriver initialement à remplir ces conditions décourageait tout individu n’ayant pas d’intérêt particulier à rechercher ces informations, et l’utilisation extrêmement restreinte des fonctions utilisées rend cette utilisation trop chère et complètement inutile, car le contenu pornographique en lui même n’est pas sur une blockchain et ne bénéficie par conséquent pas de son avantage premier: l’immuabilité.

Si Bitcoin ne peut stocker un volume raisonnable de données arbitraires, d’autres blockchain à l’image d’Ethereum – ont été conçu pour pouvoir le permettre (voir:

Comment des seins se sont retrouvés dans la blockchain (et comment en mettre) ). Une utilisation à des fins malhonnêtes est possible mais doit être grandement relativisée en raison d’un accès particulièrement compliqué aux données, et impossible sans connaître le numéro de la transaction contenant ces dernières, car aucune application n’a été conçue pour naviguer à travers ce contenu qui contient en quasi totalité des données textuelles.

Un autre grand frein pour une utilisation de ce type et le prix pour héberger des images. L’envoi d’un texte (quelques bits) est certes économique, mais ce n’est pas le cas pour une image de qualité moyenne qui couterait plusieurs centaines d’euros à son expéditeur. Ajouté au non anonymat de la blockchain, ces utilisations ont toutes les chances de se limiter à des cas où l’immuabilité est le seul critère, comme c’est le cas pour des organisations semblables à WikiLeaks. La pédopornographie n’a pas fini d’exister, mais les atouts qu’offre le deep-web en fait une place bien plus attrayante qu’une blockchain, l’immuabilité étant très loin d’être un critère pour les pédophiles

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