Lula élu, quid des cryptos au Brésil ?

01 novembre 2022 - 16:26

Temps de lecture : 5 minutes

Douze ans après avoir quitté le pouvoir à l’issue de ses deux premiers mandats, Luiz Inacio Lula da Silva, plus connu sous le nom de Lula, s’est imposé d’une courte tête face au président sortant Jair Bolsonaro. Une victoire sur le fil saluée dans le monde entier. Reste à savoir si sur le sujet crypto, l’écosystème doit aussi se féliciter de son accession au sommet d’un Etat qui figure depuis des années dans le top 10 des pays en matière d’adoption de Bitcoin et de ses cadettes.

Troisième mandat présidentiel pour Lula

Dans un pays profondément divisé et appauvri, la tâche qui attend le nouveau président du Brésil, qui entrera en fonction en janvier prochain, est immense. Lula promet d’ailleurs une rupture totale avec son prédécesseur Jair Bolsonaro sur à peu près tous les sujets : environnement, violence, scène internationale…

En matière d’économie, son programme « Ensemble pour le Brésil » prévoit un renforcement des programmes d’aide sociale, une augmentation du salaire minimum en rapport avec un taux d’inflation oscillant entre 7 et 10% et une protection sociale accrue pour les plus précaires. Il mise également sur un investissement public et privé massif dans les infrastructures du pays pour relancer l’économie. Son vice-président, Geraldo Alckmin, figure de la droite conservatrice, représente sa caution libérale et est censée rassurer les marchés.

Rappelons que Lula avait quitté le pouvoir avec une popularité record, ayant réussi à redresser l’économie brésilienne avec une croissance à plus de 5% par an à partir de 2007 et à sortir 30 millions de Brésiliens de la pauvreté (33 millions de Brésiliens souffrent de la faim aujourd’hui). Il avait ensuite connu la disgrâce, passant 580 jours en prison, après des condamnations pour corruption finalement annulées pour vice de forme.

Mais le défi s’annonce plus compliqué aujourd’hui en raison d’une situation internationale tendue, notamment des taux d’intérêt américains qui plombent l’économie brésilienne, et d’une tension intérieure où le président élu devra composer avec un « bolsonarisme » qui s’est consolidé dans de nombreux Etats et dans la composition du Congrès issu des législatives du 2 octobre.

Quelle place pour les cryptos ?

Quant aux cryptos, elles n’ont visiblement pas été un sujet de campagne. Seule concession : le plan gouvernemental du successeur du mutique Bolsonaro, disparu des radars depuis son échec, enregistré sur la blockchain Decred. A part cette curiosité, rien, ou tout comme. Sollicité comme les autres candidats sur ce sujet par un média local spécialisé en début d’année, l’ancien syndicaliste métallo s’était contenté du minimum… syndical, reprenant les antiennes habituelles d’un responsable politique.

Les actifs cryptographiques ont beaucoup augmenté ces dernières années et ont mérité l’attention des autorités.(…) Le gouvernement, notamment à travers sa Banque centrale autonome, doit créer des normes alignées sur le standard international pour éviter les pratiques illégales pouvant faire usage de crypto-actifs, telles que le blanchiment d’argent et l’évasion de change, en plus d’éviter les pratiques commerciales frauduleuses. [Le rôle du gouvernement est] de surveiller l’impact du marché de la cryptographie sur la santé du système financier.

Réponse de Lula in Future of Money

Bref, dans un contexte difficile, les cryptomonnaies n’apparaissent pas comme une priorité, quand bien même elles progressent jusqu’à devenir un instrument non négligeable dans les échanges de valeur ou de protection de l’épargne dans le pays.

Ainsi, selon le dernier rapport de l’administration fiscale brésilienne, tenue à un compte-rendu mensuel, 12 000 entreprises sur le territoire sud-américain détiendraient des cryptos en trésorerie.

Cryptomonnaies

12 000 entreprises brésiliennes détiennent des cryptos

Nathalie E. - 10 Oct 2022 - 10:28

Selon les chiffres de l’administration fiscale brésilienne, tenue à un [...]

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Un chiffre qui peut paraître important, car ce n’est pas rien de détenir du bitcoin ou de l’USDT dans son bilan, mais qui est tout de même à relativiser, la première économie d’Amérique latine comptant évidemment plusieurs centaines de milliers d’entreprises. Si on en croit ce même rapport, le nombre d’investisseurs individuels se stabilise autour de 1,3 million de détenteurs particuliers pour une population de 215 millions d’habitants.

Un Brésil crypto-friendly

Une donnée qui reflète mal la tendance observée depuis plusieurs années par la société d’analyse blockchain, Chainalysis, qui selon d’autres critères et outils, situe le Brésil dans le top 10 des pays en termes d’adoption. Un engouement des Brésiliens pour la crypto qui se manifeste aussi par le nombre croissant d’acteurs économiques qui s’y impliquent.

Nubank, banque numérique n°1 au Brésil, a intégré Bitcoin à sa trésorerie et a lancé un service de trading crypto plus tôt cette année. BTG Pactual, autre acteur majeur du secteur, s’est également lancé dans le bain dès l’automne 2021.  En juillet, c’est l’appli financière la plus populaire du Brésil PicPay qui a annoncé une salve d’engagements dans l’industrie. La fintech va non seulement prendre en charge le paiement via les cryptomonnaies, mais prévoit également de créer son propre exchange, de lancer un stablecoin adossé au real local et de s’aventurer sur le terrain des NFT et du Web3. En août, c’est le géant de courtage XP qui a officiellement lancé sa plateforme de trading crypto. Enfin, la branche brésilienne du géant bancaire espagnol Santander pourrait dans les prochains mois proposer une gamme de services crypto à ses clients.

Un déploiement de services crypto institutionnel qui se fait sous l’oeil bienveillant de la première instance de régulation du pays, la Commission brésilienne des valeurs mobilières (CVM), et de la Banque centrale. Son patron, Roberto Campos Neto, déclarant d’ailleurs que l’un de ses objectifs est d’intégrer le monde numérique et réglementaire, d’une manière différente de ce que font les autres banques centrales.

Un contexte plutôt bienveillant qui n’a pas échappé aux géants du secteur qui tentent tous de s’y ménager une place de choix, Binance en tête.

Un conseiller de Binance, ex-ministre de l’économie de Lula, pourrait revenir sur le devant de la scène

Et justement, parlant de l’exchange leader, l’un de ses derniers recrutements en matière de conseiller réglementaire, pourrait peut-être peser dans la balance.

Régulation

Deux poids lourds de la régulation rejoignent les rangs de Binance et FTX US

Nathalie E. - 07 Sept 2022 - 11:59

Dans un contexte de régulation qui se resserre autour de l’industrie [...]

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Il s’agit d’Henrique Meirelles, qui a passé huit ans à la tête de la banque centrale (2003-2011) sous le mandat de Lula, dont il fut également ministre de l’Economie de 2016 à 2018. Une fonction qui l’a conduit notamment à participer aux premières réunions du G20 sur les cryptomonnaies en 2017. A la faveur de la nouvelle mandature, il pourrait reprendre du service, pas forcément en assumant ce rôle d’argentier, le nouveau président n’ayant pas encore donné le nom du ministre sur lequel il s’appuiera pour mener son programme économique, mais en occupant une place où il pourrait murmurer à l’oreille de Lula les bienfaits d’une régulation pro-crypto avec un Binance en embuscade qui pousserait à la roue.

Quoi qu’il en soit, l’adoption d’un cadre réglementaire plutôt favorable aux cryptomonnaies semblait en bonne voie dans le pays, différée pour cause de scrutin présidentiel et législatif. Il faut espérer que les séances de son examen ne soient pas reportées aux calendes grecques pour cause d’enjeu plus crucial. Rappelons que selon le processus législatif, ce n’est qu’après avoir reçu l’approbation du Sénat et de la Chambre basse que la loi pourrait être promulguée par le nouveau président. Les cryptomonnaies seraient alors définies juridiquement comme des « actifs virtuels », soit comme une « représentation numérique de valeur qui peut être échangée ou transférée par des moyens électroniques et utilisée pour effectuer des paiements ou à des fins d’investissement ».  

Si les cryptos ne sont pas encore un enjeu électoral, ce n’est pas une raison pour ne pas s’y intéresser, et de près, aussi inscrivez-vous sans tarder sur la plateforme Bybit pour commencer votre révolution Bitcoin (lien commercial).

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