Marathon Digital – La sale histoire du minage de Bitcoin « propre »

 Marathon Digital – La sale histoire du minage de Bitcoin « propre »

Bitcoin

Le Bitcoin est au centre des préoccupations dans le domaine de la régulation et du contrôle gouvernemental. Cela sous couvert de cette accusation récurrente et bien souvent infondée d’être l’outil de prédilection des transactions frauduleuses au sens large. Une réalité qui pose actuellement un tout nouveau problème au sein de l’industrie minière de BTC. Car il semble que certains souhaitent effectuer une différence entre le Bitcoin propre et celui qui aurait été en relation à des opérations douteuses. Et ce n’est pas un simple détail…

Décidément, on ne peut pas reprocher aux tentatives de régulation de ne pas avoir de l’imagination. Surtout quand ces dernières sont mises en place par des pools de minage de BTC eux-mêmes. Cela dans ce qui est présenté comme une volonté de s’inscrire dans l’avenir. Mais avec une exigence de propreté qui laisse définitivement penser que la saleté est bien une question de point de vue. Bienvenue dans l’ère du Bitcoin « propre. » Mais pour qui ? Et pourquoi ?

Une initiative qui émane de la société américaine du nom de Marathon Digital. Cette dernière avec comme objectif de livrer sur le réseau du Bitcoin des blocs « entièrement conformes à la réglementation américaine. » Un contresens absolu qui pose au moins deux questions essentielles. La première est : pourquoi vouloir extraire du Bitcoin qui soit conforme à une autorité de contrôle ? Et la seconde : quel impact ce genre de délire à la sauce Mr Propre de la crypto peut avoir à terme ?

Marathon Digital et son Bitcoin « propre »

Il est intéressant de noter que le nettoyage du Bitcoin par la société de minage Marathon Digital soit un acte présenté comme positif. Alors que le blanchiment d’argent qu’on lui reproche est quant à lui présenté comme la source de tous les pires trafics de notre monde. Serait-ce une différence dans le choix de la lessive ? Ou peut-être tout simplement le résultat du fait de savoir quelle main en est à l’origine. Ce qui pose une autre question de savoir qui décide de ce qui est propre ou non.

Un ex-directeur de la CIA remet les pendules à l’heure sur l’utilisation criminelle des cryptos

« Les initiatives de nos pools sont fondées sur la décentralisation, la transparence, la conformité légale avec les règles et réglementations américaines et l’auditabilité indépendante selon les normes d’audit américaines. Bien que nous apprécions l’appétit de certains mineurs pour le traitement des transactions sans discernement, nous sommes convaincus qu’en tant que société cotée en bourse basée aux États-Unis et visant à permettre une adoption plus institutionnelle du Bitcoin, il est de notre responsabilité de suivre la réglementation américaine. Nous pensons qu’une telle exploitation minière conforme à la réglementation nous permettra de produire du Bitcoin « propre.«  » – Merrick Okamoto, PDG de Marathon Digital

Et dans le cas présent il s’agit d’une conformité à la réglementation AML contre le blanchiment d’argent et OFAC qui émane de l’office de contrôle des flux monétaires. Ce qui implique d’exclure de la validation de ses blocs toutes les transactions « figurant sur la liste des ressortissants spécialement désignés et des personnes bloquées (SDN) du département américain du Trésor. » Ce qui représente la mise ne place d’une licence exclusive qui permet à Marathon Digital de filtrer certaines opérations. Sans préciser qui peut en déplacer le curseur et selon quelles autorisations spécifiques. Après tout il est juste question de séparer les bons des méchants.

Un premier bloc 100% réglementaire

Une pratique qui n’est pour le moment que le fait de la volonté unilatérale de ce pool de minage à la tête d’une ferme de plus de 100 000 ASICS. Et qui vient d’annoncer la production du tout premier bloc entièrement conforme à des normes qui n’existent donc même pas encore. Car comme l’explique le média américain CoinDesk : « rien dans le code réglementaire ou juridique actuel des États-Unis n’exige explicitement cette pratique pour les mineurs. » Ce qui fait de cette pratique une sorte de collaboration avant l’heure. Cela avec des principes qui vont à l’encontre même de l’éthique du Bitcoin. Celle-ci ouverte à tous et indépendante de tout contrôle. Même – ou surtout – en cas de nettoyage réglementaire.

Car au final, est-ce que les BTC minés en Chine ne pourraient pas finir par devenir trop sales pour entrer sur le marché tellement propre des États-Unis ? Et pour quelle raison les transactions d’une structure russe du darkweb étaient-elles toujours traitées dans ce bloc à la «propreté» décidément toute relative. Ce que vient de révéler sur Twitter un développeur indépendant et visiblement peu favorable à cette opération.

Marathon miners - La sale histoire du Bitcoin "propre"

Une annonce qui a immédiatement été suivie d’un important mouvement de contestation. Cela avec l’envoi de Bitcoin « sale » à l’adresse ayant revendiqué l’émission de ce bloc d’un nouveau genre. Dont certains d’entre eux en provenance de pays comme l’Iran, amatrice de minage de BTC. Une activité développée en grande partie afin d’échapper aux sanctions américaines imposées sur son territoire. Et une opération dont le but était de démontrer que ce blocage n’a aucun sens. Car le Bitcoin peut de toute manière entrer aux États-Unis et cela quel que soit son niveau d’hygiène réglementaire.

Quelles conséquences sur le Bitcoin ?

Quoi qu’il en soit, cette initiative ne va rien changer au marché du Bitcoin. Il va juste permettre à des structures comme Marathon Digital de s’offrir une image de Bitcoin washing d’un nouveau genre. Cela dans le but de séduire un marché institutionnel qui aime investir dans des entreprises à la vitrine bien nettoyée. Même si cela consiste à éviter de regarder du côté de la main d’oeuvre utilisée. Celle-ci bien souvent issue de pays ou la propreté n’est pas plus morale que financière.

Et dans le cas de transactions effectivement rejetées par Marathon Digital, elles seront tout simplement reportées sur le bloc suivant. Celui-ci géré par un mineur qui ne fait pas de distinction entre ce qui est américainement correct ou non. Un choix qui lui est même défavorable, puisque ce premier bloc miné le 5 mai dernier lui a rapporté moins que ceux qui ont été traités avant et ensuite. Ce dernier lui a en effet rapporté 0,05 BTC de frais de transaction contre 0,31 BTC en moyenne à cette période. Soit un manque à gagner de plus de 80% si l’on se réfère à ces données. Et probablement la meilleure preuve que la censure ne fonctionne pas dans le domaine.

Hugh B.

Passionné par l'univers des cryptomonnaies. J'attache une grande importance à la vulgarisation pour rendre les choses compréhensibles et accessibles à tous. Mes articles ne sont en aucun cas des conseils financiers. DYOR !

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