Monnaie numérique de la Banque de France : 1,2,3, partez !

 Monnaie numérique de la Banque de France : 1,2,3, partez !

La Banque de France (BdF) lance un appel à candidature pour des expérimentations de monnaie digitale de banque centrale (MDBC) dans les règlements interbancaires. Retour sur un projet en mal d’experts.

Une institution en mal d’experts

La nouvelle était attendue. Précisément,  depuis que le gouverneur de la BdF avait annoncé, le 4 décembre, le lancement, au premier trimestre 2020, d’expérimentations et d’un appel à projets concernant la création d’une MDBC. Comme énoncé à l’époque, cette première version ne concernera que les transactions entre institutions financières.

L’appel consiste donc à trouver des esprits éclairés susceptibles de proposer  des solutions pour la réalisation d’une monnaie de Banque centrale dite  « de gros «  selon l’expression déjà consacrée. La BdF définit ainsi l’objectif visé.

« Identifier comment les technologies innovantes pourraient améliorer l’efficacité et la fluidité des systèmes de paiement et des infrastructures financières ».

La pertinence de cette innovation, impérieuse au vu du contexte international, devra être évaluée en fonction de trois critères. La stabilité financière, la politique monétaire et l’environnement réglementaire.

Sans vergogne, l’institution compte sur l’apport gracieux d’experts.

« L’expérimentation ne donne pas lieu à rémunération. Chaque partie prend à sa charge ses propres coûts liés à la participation à l’expérimentation. »

En appeler aux bonnes volontés pour faire avancer un projet d’une telle envergure peut paraître incongru. D’autant qu’il y a du boulot si on en croit l’état de l’esquisse qui semble  s’être figée dans sa mouture initiale. Pourtant entre-temps, des initiatives se sont multipliées aux quatre coins de la planète.

La théorie et la pratique avancent à grand pas partout dans le monde

En effet, outre des versions numériques de devises nationales expérimentées « en vrai », une taxonomie sous forme de diagramme de Venn visant à qualifier les monnaies digitales  a été élaborée par la BRI (la Banque des règlements internationaux).

Plus encore, il existe aujourd’hui une « boîtes à outils « pour fabriquer de la CBDC (Central Bank Digital Currency) ou  de la MDBC  version française.  Plus précisément, il s’agit d’un guide élaboré par le Forum économique mondial  – en collaboration avec certaines des principales banques centrales du monde – pour fournir  des clefs  aux décideurs en matière de stratégie, de technologie et de gouvernance de ces désormais très convoités systèmes de paiement. Mais apparemment, la BdF est restée imperméable à ces nouveaux apports.

On observe en effet à la lecture de la note d’information, qu’elle n’aurait a priori pas beaucoup avancé sur sa réflexion. La publication ne faisant que répéter ce que François Villeroy de Galhau avait déjà exposé. Elle en précise simplement les modalités.

Modalités de participation

A savoir, dix dossiers seulement seront retenus. Mais la BdF, misant sur la créativité du porteur de projet ou sur l’énergie du groupe choisi, compte bien faire d’une pierre plusieurs coups. Elle les invite en effet à proposer, s’ils le souhaitent, diverses expérimentations. Dans le même ordre d’idée, les postulants sont appelés à travailler sur différents cas d’usage.

« Les processus métier objets de l’expérimentation couvrent un champ large, puisqu’ils pourront porter sur un ou plusieurs cas d’usage standard de la monnaie de banque centrale dite « de gros » : règlement-livraison de titres cotés ou non cotés, paiement contre paiement avec d’autres monnaies digitales de banque centrale ou d’autres actifs numériques. »

Qu’ils soient retenus ou pas, les candidats peuvent être rassurés. On ne pompera pas leur matière grise grâce à un cadre juridique qui les protègera de toute velléité de plagiat.

« Un encadrement juridique permettra de garantir aussi bien la confidentialité des échanges durant la phase de sélection que la confidentialité et la propriété intellectuelle de la Banque de France et des candidats durant les expérimentations. »

Pour ceux qui seraient tentés, le calendrier est établi comme suit.

Date limite de dépôt des candidatures sous forme numérique : 15/05/2020 à 15h (heure de Paris)

Entretiens avec les candidats dont les dossiers sont éligibles : courant Juin 2020

Sélection des candidatures : 10/07/2020

Blockchain or not blockchain, peu importe

« Je vois un certain intérêt à avancer rapidement sur la question d’au moins un MDBC de gros pour être le premier émetteur au niveau international et ainsi bénéficier des avantages réservés à un MDBC de référence »

Telle avait été la déclaration du gouverneur de la BdF, soucieux de ne pas se laisser doubler par d’autres Banques centrales, engagées elles aussi dans la course à la monnaie numérique.

Pour autant, l’intention de la BdF n’est pas de fabriquer une MDBC toute seule dans son coin, mais d’apporter sa contribution à l’édifice d’une infrastructure européenne de paiement. Ainsi, si dans le cadre de ces expérimentations, elle décide de créer des tokens, ceux-ci seront systématiquement détruits. L’affirmation est ferme et sans appel, ce qui n’est pas le cas quant au support technologique envisagé.

En effet, dans ce registre-là, la BdF semble naviguer à vue. Si, dans un premier temps, elle avait évoqué  la possibilité d’un grand registre distribué (DLT) ou d’une blockchain pour son jeton numérisé,  le flou semble l’avoir emporté.

« La Banque de France n’impose aucune technologie aux candidats à l’expérimentation, et le caractère innovant des technologies proposées sera spécialement pris en considération lors de la sélection entre les différentes candidatures. »

Du moins sur le papier car dans les faits, les choses semblent plus avancées.

Si rien n’a filtré de ce rendez-vous hivernal, époque bénie d’avant le charivirus, on peut penser que contrairement à ce que laisse penser cet appel à candidature, l’élaboration d’une MDBC est déjà bien avancée.

Après, pour tout dire, ce qui serait susceptible de hisser notre intérêt pour ce système de paiement serait d’observer si des acteurs de la cryptosphère vont postuler, s’ils seront retenus et surtout, quelle sera la nature de leur proposition. A suivre donc.

 

Nathalie E.

Nathalie E.

Littéraire open source. Mon credo : contribuer à populariser le monde des cryptos et à encourager sa mixité.

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