[Analyse] 95% du volume des exchanges est FAUX, une réaction de CoinMarketCap ?

Les volumes dans le domaine des cryptomonnaies sont des données fondamentales, que cela soit pour les crypto-projets qui souhaitent se faire lister sur un exchange ou les traders qui veulent connaître la tendance du marché. Malheureusement, de nombreux doutes ont émergé sur la fiabilité des informations transmises par les différentes plateformes du secteur.

Comme nous l’avons évoqué dans un précédent article ces derniers jours, les volumes d’échange de cryptoactifs sont très élevés depuis le passage à l’année 2019. Cette information semble profondément positive, car cela pourrait traduire un retour des traders et des investisseurs sur le marché.

Problème : Depuis plusieurs semaines déjà, de nombreux doutes émergent quant à la fiabilité des données sur les volumes d’échange des cryptoactifs.

I. Les premiers signes alarmants, divulgués par la Blockchain Transparency Insitute

La Blockchain Transparency Institute a publié trois rapports, en Août, Novembre et Décembre 2018. Nous allons nous concentrer sur le plus récent des trois. L’enquête a mis en lumière de nombreux phénomènes de wash trading chez les plateformes de cryptoactifs.

Le wash trading est selon Edubourse, une opération boursière qui n’a pas vocation à avoir un quelconque intérêt capitalistique. Les opérations de wash trade sont le plus souvent utilisées dans un but frauduleux pour faire croire aux investisseurs que le titre est actif ou recherché. En multipliant les ordres et le volume d’activité sur un titre, ils vont attirer les investisseurs sur ce titre, et peut-être les faire se positionner dans le sens que l’initiateur du wash trade souhaite. Ces opérations sont bien évidemment interdites, et sévèrement réprimandées.

 

Selon la BTI, seules trois des vingt-cinq paires les plus importantes impliquant le BTC, ne sont pas artificiellement gonflées par des techniques de wash trading soit à peine plus de 10% de celles-ci, des révélations absolument préoccupantes… Les bons élèves seraient Binance, Bitfinex et Liquid. En fait, l’organisme remet en cause les frais extraordinairement élevés demandés par les plateformes pour lister un nouveau coin. La BTI évoque une moyenne de 50 000$ réclamés. Certains exchanges auraient carrément engrangé un million de dollars en 2018 avec l’accumulation de ces fees.

Lors de notre entretien avec les membres du projet français Kryll, nous avons abordé ce sujet et il s’avère effectivement que de nombreuses plateformes demandent des sommes exorbitantes pour lister un token.

On peut aisément comprendre pourquoi il y a un souhait de faire gonfler les volumes. S’il est élevé, cela devrait être synonyme d’un espace avec beaucoup de capitaux et d’utilisateurs. Et ça, c’est un point déterminant pour les nouveaux crypto-projets. En effet, l’idéal pour un token est qu’il soit exposé au plus grand nombre, pour faciliter son adoption, son usage, mais également pour potentiellement faire grimper son prix (un gros volume peut aider à soutenir une hausse). Dans d’éventuelles négociations, des statistiques conséquentes sur cet indicateur sont donc des armes non négligeables.

Ce n’est pas tout, un volume élevé va attirer les traders qui souhaitent profiter de celui-ci pour réaliser des opérations de type scalping, par exemple. En fait, si il y a un fort volume, cela sous-entend qu’il y a de la liquidité. Et c’est cet élément qui va intéresser le trader expérimenté.

II. Plus récemment, Bitwise vient renforcer les doutes avec une nouvelle enquête

Sur Twitter, Bitwise a publié une série de 21 Tweets qui résume les résultats de recherches poussées sur la question. Sans suspens, de nombreuses concordances avec le travail de la BTI sont mises en avant.

En fait, l’organisation a annoncé avoir analysé 81 plateformes d’échange qui réalisent quotidiennement plus d’un million de dollars de volume en Bitcoin sur CoinMarketCap.

Le résultat semble catastrophique avec 95% du volume affiché qui serait faux, mais Bitwise souligne également la présence de signes encourageants pour le futur.

Tout d’abord, le volume véritable du BTC, échangé chaque jour, serait plutôt environ de 270 millions de dollars, bien loin des 6 milliards de dollars affichés sur CoinMarketCap. L’image ci-dessous permet de visualiser facilement de quoi il en retourne. En d’autres mots, 95% du volume reporté par les plateformes est faux, avec par exemple des bots qui tradent dans le vide.

Selon Bitwise, 95% du volume échangé sur les plateformes de trading de cryptomonnaies est faux.Click to Tweet
Le volume réel d'échange de BTC en comparaison du volume annoncé sur CMC

Le volume réel du BTC en comparaison de celui annoncé sur CMC

Ensuite, seulement 10 exchanges concentreraient la majorité du véritable trading. La plupart d’entres eux font des démarches dans le sens de la réglementation, certains ont des licences, et sont régulés par FinCEN ou par le NYDFS avec sa BitLicense. Mieux encore, la moitié de ces dix acteurs utiliserait des dispositifs pour pallier et prévenir des manipulations de marché et des comportements frauduleux.

Bitwise met également en lumière un spread entre les plateformes échangeant le volume réel qui serait inférieur à 0,10%, ce qui est considéré comme très bon.

Il y a donc une dichotomie entre les bons et les mauvais élèves dans le domaine des plateformes de cryptoactifs. Celles qui souhaitent être régulées, ainsi que lutter contre la fraude et celles qui, au contraire, cherchent à gonfler leurs volumes pour soutirer des frais toujours plus importants aux nouveaux crypto-projets.

La liste des 10 exchanges selon Bitwise qui concentrerait la majorité du volume réel.

La liste des 10 exchanges, qui, selon Bitwise concentreraient la majorité du volume réel.

Pour les plus curieux, le rapport complet est disponible, en anglais, sur le site de la SEC.

III. CoinMarketCap souhaite apporter une réponse ?

CMC est un acteur extrêmement important de l’écosystème crypto. En effet, c’est l’outil principalement utilisé pour consulter la valorisation d’un crypto-projet, son volume, son supply, et même le prix unitaire de son token.

Pour rappel, il fait partie des 500 sites web les plus visités dans le monde, tous domaines confondus. Illustration de son influence : lorsque certains exchanges sud-coréens ont été délistés de CMC, plusieurs de leurs actifs ont dramatiquement chuté en valorisation. On peut également citer ce bug apparu l’été dernier.

Depuis la multiplication des rapports alarmants concernant les volumes d’échange de cryptoactifs, CoinMarketCap a annoncé vouloir réagir.

Il s’agirait de fournir plus d’outils aux utilisateurs afin d’améliorer la transparence générale du secteur. Un des représentants de l’entreprise mentionne l’idée d’afficher des mesures de la liquidité, mais également de l’équilibre entre hot et cold wallets, des données sur le trafic, etc…

Il sera passionnant de suivre l’évolution de la problématique du wash trading ainsi que de la transparence des exchanges. Les plateformes frauduleuses semblent être de plus en plus en difficulté au vu de la multiplication du nombre de rapports sur le sujet, affaire à suivre.

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