L’hégémonie du dollar fragilisée par les CBDCs ?

 L’hégémonie du dollar fragilisée par les CBDCs ?

Un rapport de JPMorgan&Chase Co. estime que l’émission de monnaies numériques de banques centrales (CBDC) pourrait ébranler la domination mondiale du dollar américain.

Un dollar menacé dans les échanges internationaux

Les analystes de JPMorgan, Josh Younger et Michael Feroli, respectivement responsable de la stratégie américaine en matière de produits dérivés de taux d’intérêt et économiste en chef des États-Unis, ont clairement adressé une mise en garde.

« Il n’y a aucun pays qui ait plus à perdre du potentiel perturbateur de la monnaie numérique que les États-Unis »

Les raisons sont multiples. Le dollar américain domine les échanges commerciaux mondiaux, bien loin devant l’euro, qui occupe la deuxième place. Il représente aussi la monnaie d’ancrage des politiques monétaires. 60% des pays fixent aujourd’hui la valeur de leur monnaie par rapport à lui. Enfin, il joue un rôle central sur les marchés des capitaux. Il agit en fait comme la monnaie de référence vers laquelle tout le monde se tourne quand il y a péril en la demeure.

Or, le processus de numérisation des devises nationales pourrait changer la donne. Plus précisément, selon le rapport de JPMorgan, ce n’est pas tant le dollar en tant que réserve de valeur qui serait menacé que la devise de financement du commerce international et son système SWIFT. Un nombre croissant de pays en effet s’en détourne, non seulement parce qu’il est jugé obsolète d’un point de vue technique, mais surtout pour atténuer la portée des sanctions économiques conduites par les Etats Unis à leur encontre. Ils offrent déjà, ou le projettent, des solutions alternatives pour des paiements transfrontaliers.

Une domination de plus en plus contestée

D’autres, pour échapper à la suprématie du roi dollar, ont abandonné leurs devises nationales au profit d’une monnaie unique. Mais si, presque 20 ans après, les espoirs sur l’euro sont retombés, la version numérique de la monnaie européenne qui se profile et le soutien aux nouvelles infrastructures de paiement qui se passe du dollar, ravive l’espoir que le roi vert ne dicte plus autant l’ordre économique mondial. Ainsi, en 2019, quand SWIFT a banni la banque centrale iranienne de son système, certains pays européens ont cherché à aider l’Iran à poursuivre ses échanges avec d’autres partenaires commerciaux. Un signal à ne pas négliger pour Younger et Feroli qui y voit les prémices d’une fragilisation du dollar en tant que moyen de paiement international.

Un point de vue que ne partage pas l’économiste en chef du FMI, Gita Gopinah, qui défend l’idée de valeurs intangibles du dollar. Perçu comme sûr et stable, renforcé par l’effet de réseau (plus il est utilisé, plus il devient utile…), elle persiste à croire à sa prééminence. De son point de vue, le dollar ne risque rien car pour décider de la devise à utiliser dans les échanges commerciaux, les facteurs pris en compte sont la liquidité, la stabilité et la convertibilité.

Le rôle d’une monnaie en tant qu’unité de compte pour les décisions de facturation est complémentaire à son rôle de réserve de valeur sûre. »

Banking, Trade, and the making of a Dominant Currency

Le dollar numérique comme solution

Elle reconnaît toutefois que la Chine et son renminbi numérique sont à prendre au sérieux, ce qui est peut-être une façon de suggérer l’intérêt de se pencher sur la numérisation du dollar. Ce que n’hésitent pas à faire les analystes de JPMorgan. Pour eux, la seule façon d’enrayer l’affaiblissement de la toute puissance du billet vert résiderait effectivement dans l’émission d’un dollar numérique.

Offrir une solution de paiement transfrontalière reposant sur un dollar numérique serait, en particulier s’il est conçu pour perturber le moins possible la structure du système financier national (…) un moyen clé de projeter le pouvoir dans l’économie mondiale.

Les Etats- Unis, péchant sans doute par arrogance, ont mis du temps à prendre la mesure du changement et sont à la peine quant à envisager une CBDC (Central Bank Digital Currency). Mais les événements de ces derniers mois ont quelque peu précipité la nécessité d’entrer dans la course aux monnaies numériques de banque centrale. Le rapport de JPMorgan vient juste ajouter une petite pierre à un élan qui paraît aujourd’hui inexorable.

Nathalie E.

Nathalie E.

Littéraire open source. Mon credo : contribuer à populariser le monde des cryptos et à encourager sa mixité.

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