Cryptomonnaies

L’USDC moins adossé au dollar « réel » que proclamé

13 Août 2021 - 14:57

Alors que le stablecoin USDC a bâti son succès sur une supposée parité avec le dollar américain (1:1) détenu sur des comptes bancaires, le voilà rattrapé par le même travers que celui reproché à son grand rival et leader du secteur, l’USDT (Tether). Face à sa capitalisation croissante, Center, son consortium d’émission, a recours à de nouvelles (?) sources de garantie telles que titres de créance, bons du Trésor, obligations et d’autres formes de dollar-papier. 

Un USDC pas si transparent

C’est Bloomberg qui a levé le lièvre. Dans un article plutôt à charge, le media financier pointe les modifications que Coinbase, co-émetteur du stablecoin avec Circle, a apportées sur son site Web quant aux réserves qui garantissent son jeton. Modifications qui seraient consécutives à l’intervention du media qui accuse la plateforme de promesses non tenues. A savoir, que l’investisseur pourrait à tout moment et sans coup férir échanger 1 USDC contre 1 $ « réel » susceptible d’être déposé sur un compte bancaire.

Initialement formulé comme suit : « chaque USDC est adossé à un dollar américain, qui est détenu sur un compte bancaire« ,  la nouvelle mouture élargit la garantie à « un dollar ou un actif de juste valeur équivalente qui est détenu sur des comptes auprès d’institutions financières réglementées aux États-Unis« . Un changement consécutif au dernier audit du cabinet comptable GrantThornton LLP. Publication qui s’était fait attendre, ceci expliquant peut-être cela, dévoilant effectivement une nouvelle ventilation. Les 28 milliards de tokens en circulation ne sont adossés qu’à 61% à des dollars détenus sur des comptes bancaires. Le reste se distribuant comme suit.

Répartition des réserves USDC.
Répartition des réserves USDC Source : Circle

L’USD Coin sur les traces de Tether

Une situation qui rappelle étrangement celle de Tether. En effet, le pionnier des stablecoins a claironné pendant des années sa stricte équivalence en dollars « backés » jusqu’au moment où, sous la pression réglementaire, il s’est ravisé. Il a d’abord modifié sa communication sur son site Web et transmis publiquement des déclarations partielles attestant de façon assez confuse de réserves détenues dans d’autres classes d’actifs. Son dernier audit a priori plus fiable révèle que près de la moitié de ses avoirs sont du dollar-papier.

Si, à leur décharge, les émetteurs des deux plus importants stablecoins n’ont jamais assuré qu’ils ne changeraient pas la nature de leur support, il n’en reste pas moins vrai que la stricte équivalence établie avec le dollar « physique » sur laquelle ils ont bâti leur communication s’avère difficilement tenable. Et c’est d’autant plus préjudiciable pour l’USDC. En effet, depuis le début, il arbore la transparence comme valeur cardinale pour venir mordre les mollets de son illustre et opaque aîné empêtré dans des litiges judiciaires sans fin. Le fait qu’il semble suivre les traces de son anti-modèle pourrait venir attiser l’attention des régulateurs qui ont déjà les cryptos stables dans leur collimateur, les considérant comme un risque potentiel pour la stabilité de l’économie.

Des risques systémiques

En effet, en admettant que tous les détenteurs décident d’échanger au même moment leurs stablecoins contre des dollars, il existe une forte probabilité pour que l’USDC ou l’USDT ne résistent pas aux retraits rapides des investisseurs. Les actifs non monétaires comportent des risques de défaut de paiement qui inquiètent les régulateurs, gardant en tête le souvenir cuisant de la crise des subprimes et de la faillite de Lehman Brothers en 2008. Aussi cherchent-ils à réglementer au plus vite cette classe d’actifs dont la capitalisation est exponentielle, oscillant autour de 1000 milliards de dollars.

Coinbase et Circle ont anticipé ce virage législatif. La plateforme est devenue le premier exchange crypto coté en bourse et de fait, bénéficie d’une surveillance accrue de ses comptes. Quant à Circle, il a annoncé tout récemment qu’il comptait devenir une « banque nationale de monnaie numérique ». De quoi sans doute se positionner du bon côté de la barrière, quitte peut-être à se voir contraindre de modifier les ratios de réserve de l’USDC. A suivre.

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