Dernière tendance pro : convertir sa trésorerie en Bitcoin

 Dernière tendance pro : convertir sa trésorerie en Bitcoin

Un phénomène commence sérieusement à poindre le bout de son nez : la transformation totale ou partielle, pour des petites ou plus grosses entreprises, de leurs réserves de liquidités en Bitcoin.

Le pionnier

Au départ de cette tendance qui pourrait bien perdurer et influer sur l’écosystème Bitcoin tout entier, on trouve le leader du secteur de la Business Intelligence (Informatique décisionnelle), MicroStrategy. L’entreprise cotée en bourse a effectivement converti 250 millions de dollars de sa trésorerie en Bitcoin. Une initiative saluée par un bond de 10% du prix de ses actions. Un transfert de trésorerie qui ne manque pas de sel quand on sait que son CEO, Michael J. Saylor, avait annoncé la mort du Bitcoin. Mais c’était en 2013 et depuis, les temps ont bien changé. Bitcoin apparaît désormais comme une valeur refuge même aux yeux des plus réfractaires.

Notre investissement dans Bitcoin fait partie de notre nouvelle stratégie d’allocation de capital, qui cherche à maximiser la valeur à long terme pour nos actionnaires.. (…) Bitcoin, en tant que crypto monnaie la plus largement adoptée dans le monde, est une réserve de valeur fiable et un actif d’investissement attrayant avec un potentiel d’appréciation à long terme plus important que la détention de liquidités. Depuis sa création il y a plus de dix ans, Bitcoin est devenu un ajout important au système financier mondial, avec des caractéristiques utiles à la fois pour les particuliers et les institutions. MicroStrategy a reconnu que Bitcoin est un actif d’investissement légitime qui peut être supérieur aux liquidités et a donc fait de Bitcoin le principal actif de sa stratégie de réserve de trésorerie.”

Micchael J. Saylor, CEO de MicroStrategy

Une nouvelle d’importance quand on sait, comme le signale cet article du JdC, que l’actionnaire principal de MicroStrategy est BlackRock, le gourou de la finance qui murmure à l’oreille des puissants et qui a certainement été partie prenante de cette décision.

Le convaincu

Dans le cas de la société canadienne de logiciels graphiques Snappa, le pré-requis est un peu différent. Son co-fondateur, Christophe Gimmer, a toujours été un fervent partisan du Bitcoin. Aussi, le fait qu’il vient d’y convertir 40% des liquidités de son entreprise est moins surprenant. Dans un billet très détaillé sur son blog intitulé «Pourquoi nous détenons Bitcoin comme actif de réserve», il expose les raisons de son choix, invoquant notamment un contexte économique incertain et le fléau de l’inflation provoqué notamment par le quantitative easing (assouplissement quantitatif ou planche à billets pour simplifier à outrance) revenu en force pour contrer supposément le désastre déclenché par le Covid-19. Il précise que c’est au moment où la banque a réduit le taux d’intérêt du compte épargne de la société que la décision s’est imposée d’évidence.

Cela signifie que le pouvoir d’achat de nos dollars canadiens et américains diminue en fait après ajustement pour l’inflation. Heureusement, je crois que nous disposons désormais d’une technologie d’épargne bien supérieure. Cette technologie est Bitcoin.« 

Christophe Gimmer, co-fondateur de Snappa

L’opportuniste

Enfin, le troisième profil de l’entreprise convertissant sa trésorerie en Bitcoin peut être qualifiée d’opportuniste. L’histoire de la petite chaîne de restauration Tahini’s, canadienne elle aussi, racontée en 14 tweets, est à la fois d’une simplicité désarmante et très édifiante.

Pour justifier leur décision de convertir toutes leurs réserves en Bitcoin, les propriétaires de la chaîne ont expliqué que suite à la pandémie, leurs employés sont rentrés chez eux tandis qu’ils continuaient de faire tourner la boutique qu’ils ont réussi à maintenir à flot. Quand la situation s’est apaisée et qu’ils ont voulu refaire venir leur personnel, ils se sont heurtés à un paradoxe.

 “Les programmes d’aide du gouvernement canadien nous ont rendu la tâche très difficile pour ramener nos collaborateurs car ils gagnaient plus d’argent en restant chez eux et en ne travaillant pas. Tout d’un coup, nous sommes passés d’une crise économique à une situation où tout le monde avait beaucoup d’argent, y compris nous. Nos réserves de trésorerie ont gonflé et les affaires ont repris leur essor. Mais il nous est apparu que l’argent liquide n’avait pas le même attrait. Avec tout l’argent excédentaire qui circulait dans l’économie, l’argent liquide finissait par avoir moins de valeur.”

@The RealTahinis

C’est donc forts de ce constat qu’ils ont décidé de franchir le pas, l’un des associés de l’enseigne connaissant déjà Bitcoin et y ayant déjà investi à titre personnel.

2020, un tournant pour l’adoption du Bitcoin

2020, année singulière s’il en est, semble avoir changé la donne ou au moins précipité un mouvement qui commençait à s’amorcer. Le Bitcoin revêt aujourd’hui les habits du sauveur. Les institutionnels eux-même s’y sont engouffré avec gloutonnerie. On ne fait pas seulement allusion à Grayscale Investments et à sa fièvre acheteuse mais aussi au gestionnaire de fonds spéculatifs et économiste renommé,  Paul Tudor Jones.

« La meilleure stratégie de maximisation des bénéfices est de posséder le cheval le plus rapide. (…) Si je suis obligé de prévoir, mon pari est que ce sera le Bitcoin. » 

Wall Street a indéniablement changé d’humeur par rapport au Bitcoin et il n’est pas le seul à lui faire les yeux doux. Les régulateurs aussi semblent désormais lui trouver d’indéniables attraits et partant, le parent de respectabilité. Ainsi, l’autorité bancaire américaine, the Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a donné son consentement aux banques nationales pour acheter et stocker du Bitcoin pour leurs clients.

Un engouement qui se propage

On pourrait aussi évoquer le géant du paiement dématérialisé, Paypal, l’un des plus ardents détracteurs de la crypto reine. Aujourd’hui, il n’est plus question de tirer à vue sur « la plus grande arnaque de l’Histoire » , mais bien plutôt de proposer un mode de règlements crypto simplifié à ses 325 millions d’utilisateurs. C’est dans les cartons, ce n’est toujours pas officiel. En revanche, ce qui est plus clairement affirmé, ce sont les dernières convictions de Visa, par l’entremise d’un tweet de l’un de ses responsables, suite au discours de Jerôme Powell, le président de la Fed.

Face à une banque centrale qui revoit son objectif d’une inflation courant au-delà de 2%, rompant avec des décennies de pratique d’une politique monétaire consistant à moduler les taux pour en prévenir la hausse, le directeur des politiques publiques de Visa n’y va pas avec le dos de la cuillère et appelle résolument à se tourner vers Bitcoin.

N’en jetez plus, la coupe est pleine tant on pourrait encore témoigner d’un revirement, pas encore généralisé mais indéniablement contagieux, d’un Bitcoin devenu le recours. 2020 est parti pour s’inscrire dans les annales de l’histoire économique comme le moment-clé de son adoption à grande échelle.

Nathalie E.

Nathalie E.

Littéraire open source. Mon credo : contribuer à populariser le monde des cryptos et à encourager sa mixité.

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