Régulation

Tutoriel de Christine Lagarde – Pourquoi le Bitcoin n’est pas une monnaie

08 Fév 2021 - 13:33

Lors d’une récente interview, la patronne des banques centrales européennes (BCE) a de nouveau abordé la question des cryptomonnaies et du Bitcoin. Un point qui revient souvent du fait de la hausse actuelle que ce secteur connaît. Et de la visibilité que cette réalité lui offre aux yeux du grand public. Ce qui a été l’occasion pour la Présidente actuelle de la BCE de marteler son discours très hostile dans le domaine. Car le Bitcoin « n’est pas une monnaie. »

La relation entre les cryptomonnaies et les banques centrales tient plus du concept de guerre froide que de l’acceptation mutuelle. Tout simplement car le Bitcoin a été principalement créé pour contrer le pouvoir centralisé que ces dernières occupent dans le secteur monétaire. Et que cette situation ne peut pas être tolérée par la personne en charge du bon fonctionnement de l’euro. Que celui-ci soit physique ou prochainement numérique, mais « soutenu par la banque centrale européenne. » 

Une réalité qui vient une nouvelle fois d’être précisée lors d’une intervention de Christine Lagarde sur la chaîne d’information BFMTV. Ce qui a été l’occasion de reposer certaines limites sémantiques et de faire le point sur les cryptomonnaies et les stablecoins. Mais également sur la mise en place d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) à un niveau européen. Et le principe reste visiblement toujours le même : dénigrer les premiers pour mieux vendre le dernier…

Le Bitcoin « n’est pas une monnaie »

Difficile de ne pas être au courant, tellement cela est répété en boucle par les régulateurs monétaires de notre monde. Pourtant la question n’a pas ou plus réellement de sens. En grande partie car le Bitcoin et les cryptomonnaies occupent déjà ce rôle. Le tout soutenu par des initiatives comme le Lightning Network, mais plus récemment par des sociétés comme Paypal ou Visa. Ces dernières en train de les intégrer à leurs systèmes de paiement.


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Car la monnaie n’est au final rien d’autre que l’outil dématérialisé que deux individus acceptent comme une valeur d’échange. Cela même si les instances de régulation n’ont pas collé dessus le logo de leur agrément comme un label de conformité. Et dans les faits, ce que ne sont pas les cryptomonnaies et le Bitcoin, ce sont des monnaies légales. D’ailleurs il est maintenant question de « crypto-actifs. » La nouvelle mode pour noyer le poisson grâce à des terminologies alambiquées. 

« Les crypto-actifs ne sont pas des monnaies. Un jour vous achetez un Bitcoin et vous le payez 3500€, vous le rachetez 6 mois plus tard vous le payez 38 000€. Donc de ce point de vue là, c’est un actif hautement spéculatif sur lequel s’enrichissent ou s’appauvrissent les uns et les autres. Mais pour moi ce n’est pas une monnaie du tout… du tout, du tout ! » – Christine Lagarde

Le Diem et les stablecoins

Selon Christine Lagarde, ce qui se rapprocherait le plus d’une monnaie serait le projet de stablecoin Diem. Cette nouvelle version aseptisée du Libra de Facebook rendue régulationnairement correcte (jouons aussi avec les mots). Un « élément d’échange » qui pourrait très bien être adossé au dollar « mais pas à l’euro, car on n’est pas d’accord. » Mais il semble qu’il manque encore quelque chose. 

« Cela s’apparente un peu plus à de la monnaie. Mais pas tout à fait car il n’y a pas une seule banque centrale pour garantir ces volumes qui seraient investis dans ce type d’élément. » – Christine Lagarde

Donc les stablecoins sont des outils d’échange stables, mais pas assez centralisés pour en garantir les volumes. Pourtant le Tether (USDT) est connu dans l’univers des crytptomonnaies pour sa centralisation jugée trop importante. 

Cours dollar contre euro
USD/EUR

Et le dollar n’a rien d’une monnaie stable, même si elle est celle qui est utilisée dans la plupart des échanges internationaux. Tout comme la capacité de la Réserve Fédérale américaine (Fed) à en « garantir les volumes » ressemble plus à une vaste blague qu’à un fait avéré. Cela en fait-il un de ces « éléments d’échange » dont parle Christine Lagarde ? 

« Rien ne me pose problème »

En y regardant de plus près, il semble que le but ne soit pas de définir ce que doit être une monnaie. Mais bien plus de chercher en quoi le Bitcoin, les cryptomonnaies et les stablecoins – non diffusés par une banque centrale – n’en sont pas. Une présentation qui se fait donc à charge et qui se drape d’une volonté de protéger les consommateurs face à cette menace numérique.

« Rien ne me pose de problème. Mais ce qu’il faut c’est que les consommateurs ne soient jamais spoliés. Et qu’ils soient parfaitement informés de la nature du risque qu’ils prennent. » – Christine Lagarde


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Et dans le domaine, aucun doute que Christine Lagarde fasse figure de tête de file. Au point qu’il va devenir difficile pour elle de continuer à parler de cette ignorance. Cela tellement ce message aura été répété sur tous les tons, toutes les chaînes et de toutes les manières possibles. Par contre, renflouer les banques avec l’argent des contribuables ne figure pas dans la liste des risques liés à l’utilisation de l’euro. Doit-on avertir les consommateurs ? 

Un euro numérique de banque centrale

La conclusion de cette intervention est que tout acteur privé qui diffuse une « monnaie entre guillemets » doit répondre aux mêmes règles, aux mêmes ratios et mécanismes de supervision que les monnaies traditionnelles. Cela selon le principe : « même business, même régulation. » La monnaie ne serait donc pas un service, mais bien un business à part entière ? Et de ce fait les cryptomonnaies validées comme des concurrentes trop envahissantes. Et non pas (uniquement) un risque pour les consommateurs. 

Mais pourquoi se poser tant de problèmes alors qu’un euro numérique de banque centrale va bientôt voir le jour. Ce que confirme Christine Lagarde à la fin de son intervention. 

« C’est la même valeur qu’un billet de banque. C’est-à-dire que vous avez un billet de 20€ et bien vous pouvez avoir 20€ sous forme numérique. Que vous pouvez faire circuler entre votre banque, les commerçants, etc… » – Christine Lagarde


La Banque centrale européenne se penche sur le berceau d’un euro numérique

Pourtant le journaliste semble ne pas comprendre la différence avec la situation actuelle. À savoir que nous n’avons que très rarement accès à notre argent sous la forme de cash. Et qu’en payant avec son smartphone on ne voit pas le billet en question. 

« Je ne suis pas sûr que la technologie qui soutienne votre mécanisme de paiement soit totalement garantie par la banque centrale européenne.  » – Christine Lagarde

Voudrait-elle parler des initiatives actuelles de Visa et de Paypal ? Ou des multiples cartes de paiement en cryptomonnaies qui fleurissent un peu partout ? Le tout très certainement sans avoir eu d’autorisation effective de cette instance de régulation. Mais laissons le dernier mot au journaliste à l’origine de cette question : « c’est à vérifier ! »

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