L’incroyable destin du français Mark Karpelès, le Baron du Bitcoin ?

Mark Karpelès fait partie des personnalités au destin hors norme. De PDG de l’une des plus importantes plateformes d’échange de cryptomonnaies en son temps (80% du volume du Bitcoin en 2014) à la case prison, comment ce dijonnais s’est-il retrouvé dans une situation si dramatique ?

On le surnommait le Baron du Bitcoin à son apogée. Et pour cause, le jeune français était à la tête de la plateforme qui contrôlait la majorité des échanges de cryptomonnaies et de BTC en 2014. Tout semblait alors aller pour le mieux, avant que celle-ci ne ferme soudainement.

Souvent décrit comme quelqu’un de surdoué, gentil, et parfois naïf, beaucoup s’étonnent de l’histoire de MtGox et du vol présumé de plusieurs milliers de Bitcoins. De jeune geek à chef d’une entreprise gérant des centaines de millions de dollars, pour finir repris de justice, retour en détail sur l’incroyable destin de Robert Karpelès.

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1985 – 2003 : La jeunesse de Robert alias Mark Karpelès

Robert [Son vrai nom, avant qu’il ne change pour Mark en arrivant au Japon] démarre pourtant sa vie de manière tout à fait normale. On lui prête, très jeune, de fortes capacités intellectuelles ainsi qu’un caractère introverti. Il grandit modestement dans la petite ville de Dijon en compagnie de sa mère institutrice qui l’élève seule.

Comme elle, il est passionné par les chats et les jeux vidéo. C’est également avec sa génitrice qu’il découvre le monde de l’informatique et s’enthousiasme pour cette nouvelle activité. En fait, elle avoue passer, elle-même, 5 à 6 heures par jour sur des MMO. Elle lui transmet aussi sa passion pour la programmation. Dès ses quatre ans, Robert code donc des petits jeux vidéo pour s’amuser durant son temps libre. À sept ans, Anne et son fils déménagent à Paris afin que le jeune génie suive des cours dans une école adaptée aux enfants surdoués. Il est également très intrigué par l’univers japonais du genre geek, comme les animés. Il idéalise donc petit à petit la culture nippone.

M. Karpelès dans sa jeunesse

M. Karpelès dans sa jeunesse

2003 – 2010 : Des premiers soucis en France

Sur Internet, il se fait appeler Magical Tux et fonde son blog, toujours visible aujourd’hui, https://blog.magicaltux.net. Celui-ci est initialement consacré au hacking, l’une des passions de Mark à l’époque. Il y raconte aussi ses états d’âme, en outre lorsque cela se passe mal dans sa vie personnelle.

Jeune adulte, il décide de ne pas faire d’études supérieures et rejoint à 18 ans l’entreprise LinuxCyberjoueur. Dans ce nouvel environnement, il connaît des difficultés pour collaborer avec ses collègues. Très vite lassé de son activité, il prend beaucoup de libertés en créant notamment des programmes en douce. Après deux ans dans la société, Mark s’absente de son travail pendant presque un mois. Cela correspondra au début de ses déboires.

Lors de cette longue période, Mark récupère les données clients de son employeur et les redirige vers des serveurs extérieurs à l’entreprise. Son patron, mécontent de la situation, porte logiquement plainte pour piratage. Le jeune introverti démissionne officiellement en 2005 et propose même en 2006 de racheter le nom de domaine à Stéphane Porta, alors dirigeant de la firme. Plus tard, en 2010, le Tribunal de Paris le condamne à un an de prison et 45 000 euros d’amende à verser à son ancien employeur. Il déclarera à posteriori ne même pas être au courant de la procédure en justice à son encontre.

Il s’engage ensuite pour l’entreprise Nexway qui deviendra Pixmania. Une société spécialisée dans le digital et l’informatique qui lui permet de continuer de travailler dans le domaine qui le passionne. Il semble avoir trouvé un équilibre dans ce nouveau job car il est mieux encadré par ses supérieurs. Il se met à travailler énormément, toute la semaine, le soir, le week-end. Il s’investit à 100% dans les tâches qui lui sont confiées. Il trouve sa place et devient rapidement indispensable à l’entreprise. Pendant deux ans, tout se passe pour le mieux et il prend ses marques dans le quartier d’affaire de Paris, à la Défense.

Son ancien manager déclarera :

« C’était un véritable petit génie, il se baladait toujours son PC au bras, au bureau, dans la queue du restaurant … Il affichait dans les 190 de QI … Il n’avait que le bac mais on l’a vite payé comme s’il était sorti d’une grande école. » Gilles Ridel, PDG NexWay

 

Il quitte finalement ce job pour réaliser son rêve en s’installant au Japon. En 2009, et une fois sur place, il fonde sa propre société, qu’il nommera Tibane [comme son chat]. Il s’appuie sur de solides expériences accumulées ces dernières années pour développer son entreprise, spécialisée dans l’informatique. Grâce à ses capacités intellectuelles hors normes, il apprend rapidement le japonais commercial.

En 2011, l’un de ses clients lui propose de payer une prestation en Bitcoins alors que dans le même temps, l’un de ses amis l’incite également à se pencher sur cette nouvelle technologie. C’est là que le génie français découvre le monde des cryptomonnaies et de la blockchain, à la fois complexe et novateur. Il se prend rapidement de passion et commence à lire le whitepaper du Bitcoin, ainsi qu’à écumer les forums spécialisés.

2011 : Le rachat de Mt. Gox et l’entrée dans l’univers du Bitcoin

Pour remettre les choses dans son contexte, tout débute avec Jed McCaleb, un entrepreneur et programmeur américain (qui fondera et cofondera plus tard les projets Stellar Lumens et Ripple) qui achète en 2007 le nom de domaine Mtgox.com. Son idée initiale est de créer une plateforme dédiée à l’échange de cartes Magics.

Le verso d'une carte Magic : The Gathering

Le verso d’une carte Magic : The Gathering

Puis, fin 2010, alors que le Bitcoin est encore une monnaie obscure et inconnue pour la très grande majorité de la population (et s’échange pour moins de 1$ l’unité), il transforme Mtgox.com en plateforme d’échange de BTC.

Post de Jed sur le fameux forum BitcoinTalk

Post de Jed sur le fameux forum BitcoinTalk

Jed annonce la création de cette nouvelle plateforme d’échange le 18 Juillet 2010 sur le forum lancé par Satoshi Nakamoto [créateur du Bitcoin] quelques mois auparavant, BitcoinTalk. Absolument novateur à l’époque, Mt. Gox rencontre un petit succès et permet de matérialiser un espace où les passionnés peuvent transférer leurs Bitcoins. Cependant, Jed juge qu’il manque de temps pour s’occuper de ce projet et que pour exploiter son potentiel, il faudrait quelqu’un de bien plus qualifié techniquement, prêt à s’investir corps et âme dans le développement de la plateforme. C’est ce qui explique la retranscription de l’échange de mails ci-dessous entre Jed et Mark :

« Salut Mark,
Je te prie de garder tout ceci confidentiel, je ne veux pas semer la panique et je ne suis pas encore certain que je passerai à l’acte, mais je pense que je vais essayer de vendre Mt Gox. En fait, il y a d’autres projets auxquels j’aimerais consacrer plus de temps. Serais-tu intéressé ? Il y aura à priori peu de frais à dépenser upfront, et juste un versement basé sur les bénéfices ou un truc du genre. Il y a également un fonds d’investissement qui veut mettre de l’argent dans Mt Gox. Probablement aux alentours de 158 000 dollars. Donc tu pourrais sûrement être majoritaire avec un peu d’apport en liquidités.
Dis-moi ce que tu en penses.
Merci,
Jed. »

Mark décide donc d’acquérir Mtgox à 88% pour presque rien dès le 3 Février 2011. À ce moment, la plateforme compte environ 3000 clients. Au niveau de sa vie personnelle, tout semble aller pour le mieux, il a 28 ans, il continue de vivre son rêve sur le continent nippon, est marié et papa. Dans le contrat de vente, certaines clauses inhabituelles sont utilisées :

« Le Vendeur n’est pas certain que mt.gox.com respecte ou non la loi ou les statuts améri­­cains en vigueur, ni ceux d’autres pays » McCa­­leb (le Vendeur)

Puis, un problème de taille fait son apparition. Mark se rend compte que la plateforme a été piratée et que 80 000 Bitcoins manquent à l’appel. Une situation qui pourrait se révéler très rapidement catastrophique. Il revient donc vers Jed, et s’ensuit des échanges entre les deux protagonistes. Le 28 Avril 2011, un email de Jed à Mark :

« On va avoir un très gros problème avec un trou de 80k BTC si le prix unitaire monte à 100 dollars ou un truc du genre. Ça fait pas mal de dettes à ce niveau-là, mais Mt. Gox devrait avoir engrangé une tonne de BTC à l’heure qu’il est. Et puis il y a aussi le fait que le différentiel en BTC ne chutera peut-être pas au-dessous de 80 000. Donc peut-être que tu n’as pas réellement à te faire de souci à ce sujet.
J’ai pensé à trois solutions :
–Racheter petit à petit plus de BTC avec l’argent qu’il y a en réserve dans le logiciel de Gox. Si tout va bien, tu auras compensé la perte avant que les prix ne s’envolent.
–Achète un gros montant de BTC (pour basculer la dette du bitcoin vers le dollar, en somme). En cas de hausse du cours du BTC, ça représentera un gain énorme. Problème étant qu’il n’y a pas assez de bitcoins à vendre sur Mt Gox. Peut-être que tu pourrais trouver quelqu’un sur le forum pour s’en charger ?
–Inciter les gens de Crystal Island à investir, ils ont plus de 200k à disposition, ce qui pourrait suffire à combler le trou.
Peut-être pourrais-tu t’inspirer de l’une de ces idées ? » 

Un autre souci vient s’ajouter à cette problématique de piratage. Le cours du Bitcoin grimpe et ne semble plus vouloir s’arrêter. En effet, entre le 3 Février 2011 (date de l’acquisition de Mt. Gox par Mark) et ce dernier mail, le prix de l’actif est passé de 0,69$ à 2,21$. La valeur du BTC a été multipliée par trois en quelques semaines et le jeune français se retrouve avec une somme de plus de 175 000$ à dénicher pour rembourser le hack.

Cependant Mark décide de ne pas vraiment s’occuper du problème, il se dit qu’il imaginera une solution plus tard. Malgré tout, les ennuies se multiplient lorsque le 19 Juin 2011, 40 000 autres Bitcoins sont dérobés. Le site ferme durant 48 heures. Plus de retraits ni de dépôts possibles. Mark rouvre la plateforme, et le nombre de clients continue de s’emballer. Mt. Gox devient peu à peu une référence dans le secteur. Pour essayer de récupérer les actifs perdus, Mark va créer des bots de trading qui fonctionneront sur la plateforme et auront pour but d’accumuler des BTC ainsi qu’à terme rembourser les actifs disparus.

En Juin 2011, le prix du Bitcoin atteint 30$. Mark est très stressé par tout cet amont de BTC et donc d’argent à gérer, il en dort mal la nuit. Il crée un système de cold wallets qui est une innovation majeure pour l’époque. C’est ce qui est actuellement utilisé par les plateformes les plus sérieuses, comme Coinbase.

2013 : L’apothéose de Mt. Gox et de son PDG Mark Karpelès

Le nombre d’inscrits passe en quelques semaines de 3000 à 60 000, puis carrément à 1 million d’utilisateurs. La croissance de la plateforme est extraordinaire. Tout semble merveilleux, Mark a du succès, les bureaux de Mt. Gox s’agrandissent, sa société explose, l’écosystème crypto est sous le feu des projecteurs des médias. Il vit dans un superbe appartement, tout en haut d’une tour de l’un des quartiers les plus chics de Tokyo. Mt. Gox est alors comparé à Google, et Karpelès à M. Zuckerberg. C’est à cette période que le surnom du Baron du Bitcoin fait son apparition.

Il est même régulièrement évoqué que Mt Gox gère près de 80% des transactions du BTC. Un chiffre absolument colossal. Il était alors difficile de mentionner le Bitcoin sans l’associer à la plateforme Mt Gox. Tout le monde est fasciné par cette entreprise. De puissants investisseurs souhaitent acquérir des cryptoactifs et contactent donc la firme administrée par Karpelès.

Au niveau personnel, Mark se retrouve seul, sa femme va vivre avec son fils loin de chez lui, en périphérie de Tokyo.

Anecdote : Un des anciens employés de la firme a révélé que l’ex-femme du français venait régulièrement dans les bureaux de l’entreprise. Elle était en pleurs et dans des états d’hystérie, suppliant Mark de passer plus de temps avec son fils. Apparement, le génie français restait de marbre devant cette situation et reprenait aussitôt ses activités dès qu’elle partait.

En 2013, Mark Karpeles est un CEO qui a du succès avec son entreprise

En 2013, Mark Karpelès est un CEO qui a du succès avec son entreprise

Même si l’entreprise est florissante, tout n’est pas si idyllique. Tout d’abord, Mark déclare qu’environ 1/3 à 1/2 des échanges effectués sur la plateforme sont directement liés à Silk Road. Pour rappel, Silk Road était un site qui permettait la vente de drogue, d’armes, et autres choses totalement illégales via le Dark Web. Silk Road n’acceptait que le Bitcoin comme moyen de paiement. Pourquoi ? Parce qu’il est anonyme, une transaction par carte bancaire était impensable en considérant les produits qui transitaient sur la plateforme. Du coup, le succès de Mt. Gox est moins reluisant, majoritairement dû à un autre service qui stimule une économie parallèle, prohibée et hors la loi. En conséquence, ces trafics illégaux attirent les autorités américaines qui font la chasse aux dealers. Ils se tournent rapidement vers Mt. Gox afin d’obtenir des informations sur les utilisateurs de Silk Road.

Dans la gestion de son entreprise, Mark applique un management super centralisé, il est le seul à avoir accès aux comptes. Il a du mal à faire confiance à son équipe, composée de 60 employés et reste méfiant vis-à-vis d’eux. Personne dans la société n’est au courant des piratages de ces dernières années, si ce n’est le CEO, Mark lui-même. Les problèmes de communication ont favorisé le développement de soucis internes. Le personnel considère que Mark ne suit pas les conseils des autres, le fonctionnement de Mt. Gox est décrit comme mauvais, voir dysfonctionnel.

Pour finir, Mt. Gox ouvre durant l’année 2013 des comptes aux Etats-Unis mais l’entreprise ne se déclare pas comme fond d’investissement. Le gouvernement américain réclame alors 5 millions de dollars. La firme opère sur le sol américain sans licence ce qui est très problématique pour la justice. La société se retrouve également en difficulté, car leur principale banque les limite dans leurs agissements.

Même si l’entreprise fonctionne économiquement très bien, beaucoup de soucis peuvent donc entraver son futur. Les différents piratages, le fait qu’elle soit super centralisée, les déboires avec la justice américaine, etc.

Fin 2013, le cours du BTC s’emballe. Il s’envole jusqu’à 1000$. Les utilisateurs de la plateforme commencent à avoir des difficultés pour retirer leurs BTC. Et c’est là que les vrais soucis débutent.

2014 – 2016 : La descente aux enfers

Le 7 Février 2014, tout vole en éclat. Alors que Mt. Gox s’est toujours argué d’avoir un système de sécurité infaillible avec l’emploi inventif de colds wallets, l’exchange fait faillite.

Les journaux du monde entier en parlent. Le Bitcoin s’effondre, des milliers de personnes perdent leurs économies. La plateforme devient inutilisable, le site web inaccessible, et Karpelès ne répond plus à aucune sollicitation. Une situation de crise s’installe, laquelle ne semble pas bien gérée par le dirigeant français.

Mt Gox - Where is our money

Mt Gox – Where is our money ; Un client se déplace de Londres à Tokyo pour interroger Mark en face à face

Le 28 Février, Mark réapparaît, entouré de conseillers. Il aura mis presque trois semaines pour sortir du silence. Il annonce que 750 000 Bitcoins ont disparu (500 millions de dollars à l’époque). Il évoque un piratage de grande envergure par des cybercriminels. La société est déclarée en faillite. Des doutes s’installent sur l’honnêteté de Karpelès, il est rapidement accusé de détournement de fonds. En réalité, l’exchange était siphonné depuis 2011, et n’avait déjà presque plus de liquidité à la moitié de l’année 2013. Même Mark n’avait apparement pas connaissance de ce vol de masse.

Mark Karpelès annoncé la faillite de Mt. Gox en Février 2014

Mark Karpelès annonce la faillite de Mt. Gox en Février 2014

Coup de théâtre, il est annoncé quelques semaines plus tard que 200 000 Bitcoins sont retrouvés sur un vieux wallet de l’entreprise, le flou règne. La communauté est très en colère contre le dirigeant français. De nombreux doutes apparaissent également à propos de Willy, le bot mis en place par Mark pour récupérer les BTC manquants à cause des divers piratages. Willy aurait parfois agit bizarrement, et ainsi stimulé la hausse du Bitcoin à la fin de l’année 2013.

Le 1er Août 2015, Mark est arrêté. La justice japonaise l’accuse d’avoir détourné 1 million de dollars, ainsi que falsifié des données. Il a le profil du coupable idéal, un génie, un peu en marge de la société, qui avait un accès direct à des millions de dollars. Il reste en garde à vue pendant un total de quatre mois, jusqu’à la fin de l’année 2015, puis est placé en cellule pendant un an. Durant sa détention, il passe parfois des moments difficiles à taper des poings contre le mur. Il est important de notifier qu’il n’est pas arrêté pour le vol et le détournement des 750 000 Bitcoins mais pour d’autres faits, mineurs en comparaison. Certains membres de la communauté le considèrent pourtant comme coupable.

Arrestation de Mark Karpeles le 1er Août 2015.

Arrestation de Mark Karpeles le 1er Août 2015.

En Juillet 2016, et après presque un an de détention, il est libéré sous caution. M. Karpelès n’a jamais avoué avoir volé de Bitcoins. Malgré la pression mise par les services judiciaires et les forces de l’ordre japonaises, il se clamera toujours innocent.

2016 – 2018 : L’attente d’un jugement

Cette période est assez calme pour Mark, en liberté conditionnelle, il reste dans l’attente du résultat de son jugement prévu pour Mars 2019. Il fait donc peu parler de lui pendant cet intervalle qui voit l’apparition d’une nouvelle bulle financière sur les cryptoactifs. Il passe du temps à préparer sa défense en anticipation de son procès.

De fin 2017 à début 2018, l’avocat en charge des 200 000 Bitcoins retrouvés par la société Mt. Gox aurait vendu ceux-ci pour sécuriser des actifs fiduciersNous avons publié un article plutôt complet sur cette affaire.

Aujourd’hui, de nombreuses incertitudes demeurent : Mark Karpelès est-il une victime, impliqué dans une histoire qui le dépasse ? C’est possible, encore semble-t-il qu’il n’ait pas toujours agit comme il le fallait. Il semble qu’on ait les éléments pour savoir que les Bitcoins dérobés de 2011 à 2013 soient allés en grande majorité vers la plateforme BTC-e. Ils auraient rejoint des réseaux de blanchiments d’argent. Des suspicions se sont portées sur la Russie, et notamment vers Alexander Vinnik, un ressortissant russe de 38 ans, arrêté en 2017. En réalité, Mark aurait simplement mal géré la plateforme et été complètement dépassé par les évènements, notamment par les sommes démentielles qu’il avait à administrer et qui ont attiré de nombreux cybercriminels.

En 2017, Alexander Vinnik, alors administrateur de BTC-e est arrêté

En 2017, Alexander Vinnik, alors administrateur de BTC-e est arrêté

2019 : Mark Karpelès échappe au pire

Jugé par le tribunal de Tokyo, les pronostics n’étaient pas en faveur du frenchy. En effet, le procureur général de l’affaire a demandé dix ans de prison fermes pour le génie de l’informatique. Il s’est exprimé devant les Echos en amont du résultat de son jugement sur ce qu’il attendait mi-Mars 2019 :

Ailleurs qu’au Japon, j’aurais été reconnu innocent depuis longtemps. Mais ici, dès que vous êtes pris dans la machine judiciaire, il est quasiment impossible d’être acquitté. Trop de carrières, au sein de la police, des juges et des procureurs, sont en jeu lorsque vous êtes mis en examen. Un acquittement en première instance n’intervient que dans 0,01 % des procès. Et si vous êtes acquitté ou si la peine infligée par les trois magistrats qui vous jugent est trop faible au regard des barèmes de l’accusation, les procureurs font automatiquement appel et le cycle est relancé pour des années. Les très rares acquittements interviennent sur des décisions de la Cour suprême, après l’appel. Ce que je peux espérer, c’est une condamnation légère qui m’évitera de retourner en détention et de faire des travaux forcés.

 

Le français de 33 ans plaide non coupable et a finalement été condamné à 2 ans et demi de prison avec sursis. Une peine que l’on peut considérer comme minime en comparaison de ce qu’il aurait pu obtenir.

Voici l’avis de Gregory Raymond, journaliste spécialisé de l’écosystème crypto chez Capital qui tient notamment l’excellent podcast 21 Millions :

Les évènements liés à Mark Karpelès et à Mt. Gox font partis de l’histoire du Bitcoin, des cryptoactifs et de la blockchain. Aujourd’hui, tout n’est pas encore limpide, clair et transparent, et de nombreuses interrogations demeurent. De nouveaux éléments pourraient être révélés dans un futur proche et un épilogue pour toutes les personnes lésées par l’exchange Mt. Gox devrait rapidement voir le jour. En ce qui concerne le futur du français, il pourrait se retrouver en difficulté avec d’autres tribunaux internationaux et n’en aurait pas totalement fini avec les démêlés judiciaires. Il a notamment fait appel de la décision du tribunal japonais qui lui a attribué deux ans et demi de prison avec sursis.

 

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