Les Bahamas ont le profil idéal pour expérimenter une CBDC

Le gouverneur de la Banque centrale, John Roll, a confirmé que la monnaie numérique, Sand dollar, serait étendue à l’ensemble des îles de l’archipel au cours de second semestre 2020.

Un projet pilote qui s’accélère

Testée depuis 2019 dans les îles Exumas, la version numérique du dollar bahaméen est appelée à s’étendre. Elle sera d’abord déployée dans les îles Abaco  en mars, avant de gagner le reste du territoire. C’est un grand pas de franchi dans l’élaboration  d’une infrastructure de paiement numérique et transparente à usage exclusivement domestique. Et si ce projet pilote prend de la vitesse, ce n’est pas le fruit du hasard. Il fédère de plus en plus d’acteurs selon John Roll.

Lorsque nous sommes entrés à Exumas pour le projet, nous avons commencé avec 3 prestataires de services de paiement et la banque commerciale. Mais à ce stade, nous avons huit institutions financières au total qui sont à différents stades de participation au projet.”

Dans cette optique, les résidents pourront payer les commerçants en utilisant des QR codes reliés à des portefeuilles électroniques, les banques se chargeant de déplacer les fonds sous forme numérique.

La CBDC, un modèle pour pays émergent

On sait depuis le rapport de la BRI que ce sont les pays émergents qui sont les plus avancés en matière d’expérimentation de CBDC. Le Cambodge vient d’ailleurs de lancer le projet le plus abouti en ce domaine dans le cadre du projet Bakong.  L’impératif pour la nation khmère comme pour les autres « petits » pays consiste à homogénéiser une économie de paiements fragmentée, dominée par une forte utilisation des espèces et par une population largement sous-bancarisée. De fait, les uns et les autres doivent œuvrer pour une plus grande inclusion financière de leurs habitants afin de lever ce frein majeur au développement économique.

Ainsi, une CBDC pourrait permettre aux individus qui n’ont pas accès à des services bancaires d’accéder directement à un portefeuille électronique. Le taux d’usage très élevé des smartphones (de l’ordre de 93% aux Bahamas) permettant d’envisager qu’une partie très importante de la population soit disposée à recourir aux services financiers numériques. Mais cette condition sine qua non risque de rester lettre morte si elle n’est pas accompagnée de moyens importants pour sensibiliser et éduquer à ces nouveaux modes de paiement. La Banque centrale de Nassau affirme y travailler.

Un dollar de sable pour une constellation d’îles

Outre l’aspect purement économique, il existe aussi, selon la BRI, une configuration géographique type favorable à l’adoption d’une CBDC. Les territoires insulaires constellés de multiples îles représenteraient en quelque sorte le profil idéal pour faire vivre un tel modèle. Rappelons à ce titre que l’archipel des Caraïbes est constitué de plus de 700 îles disséminées sur environ 260000 km2. D’abord, parce qu’ils connaissent de grosse difficultés dans l’acheminement du cash du fait du morcellement de leurs terres. Ensuite, parce que les difficultés sont d’autant plus accrues quand ce sont des zones exposées à des manifestations climatiques extrêmes (les Bahamas  en connaissent régulièrement).

Dans ces conditions, la CBDC bahaméenne, permettrait de toucher les populations les plus isolées et de les intégrer plus facilement à la vie économique nationale tout en leur offrant une solution plus sécurisée. En effet, les Bahamas sont en proie à une violence endémique, liée notamment aux disparités sociales, que viendrait probablement tempérer l’utilisation d’une monnaie numérique.

«Une CBDC largement adoptée exposerait les utilisateurs à moins de risques de crimes violents qui ciblent les détenteurs d’argent liquide. Elle pourrait aussi réduire les coûts de sécurité et d’assurance associés à la conservation de l’argent. »

Beaucoup de critères semblent réunis pour expérimenter positivement une CBDC dans cette partie du monde. De fait, l’expérience sera suivie de près. En cas de réussite,  le « dollar de sable » augurera certainement l’ère des monnaies numériques d’Etat dans les économies insulaires.

Commentaires

Lorem at lectus felis Donec neque. Curabitur quis nec
13 Partages
Partagez
Tweetez
Partagez