Régulation

Le Sand Dollar des Bahamas double tout le monde

21 Oct 2020 - 16:40

L’archipel des Bahamas vient de déployer sa monnaie numérique de Banque centrale. Les 386 000 habitants du pays peuvent dès aujourd’hui utiliser le « Sand Dollar ». Sans surprise. La petite nation insulaire ayant le profil idéal pour réaliser cette première.

Un profil idéal pour une CBDC

Loin devant les grandes puissances et même devant une Chine à l’avant-garde qui n’en serait encore, selon ses dires, qu’au stade de l’expérimentation, la petite nation insulaire devient la première – si on ignore le controversé Petro vénézuelien – à véritablement déployer une monnaie numérique de Banque centrale.

Rien d’étonnant. En effet, elle réunit des caractéristiques propices à cette audace comme nous l’avions déjà évoqué. D’abord, une économie de paiements fragmentée, dominée par une forte utilisation des espèces et par une population largement sous-bancarisée, qui représente un frein majeur au développement économique. Ensuite, une configuration géographique spécifique. Rappelons que cet archipel des Caraïbes arbore plus de 700 îles disséminées sur environ 260 000 km2. Un morcellement du territoire forcément problématique notamment dans l’acheminement du cash et dans l’accès physique aux services bancaires. Un problème redoublé par des phénomènes climatiques extrêmes qui balaient régulièrement cette zone du monde.

Mais des caractéristiques singulières ne font pas tout sinon nombre de territoires insulaires seraient déjà sur le pont. Il y a donc aussi et surtout une volonté politique qui s’est manifestée bien en amont. Dès début 2019, la Banque centrale a testé une version numérique du dollar bahaméen. D’abord dans les îles Exumas puis dans les îles Abaco. Un protocole d’expérimentation certes convenu quand on observe les programmes-pilotes des autres Banques centrales, mais qui a bénéficié de moyens importants pour sensibiliser et éduquer la population à ce nouveau mode de paiement.

Une CBDC devenue rapidement opérationnelle

93% de la population bahaméenne est déjà équipée de smartphones. Une aubaine pour l’intégration du Sand Dollar. Ainsi, lors d’un webinaire diffusé sur Facebook, une page dédiée explique comment créer un portefeuille numérique et réaliser des transactions. La Banque centrale s’appuie sur le fournisseur NZIA pour offrir ce service étendu bien sûr aux commerçants de tout l’archipel . Spécialisé dans les paiements décentralisés et dans le développement de solutions compatibles avec les cadres réglementaires et financiers existant, NZIA a déjà fait ses preuves en Afrique du Sud, au Canada, en Corée du Sud et Singapour.

La mise en oeuvre rapide du Sand Dollar peut étonner. Mais la Banque centrale des Bahamas certifie que l’intégralité de l’écosystème est opérationnel et permet d’ores et déjà aux habitants d’accéder à un moyen de paiement numérique plus égalitaire. Cette nouvelle infrastructure sera censée en effet réduire les coûts de prestation des services, améliorer l’efficacité des transactions et hisser le niveau général d’inclusion financière n’importe où dans l’archipel.

L’objectif est de promouvoir un accès plus inclusif aux paiements réglementés et autres services financiers pour les communautés et les groupes socio-économiques mal desservis. Il s’agit aussi de réduire les coûts de prestation des services et d’accroître l’efficacité des transactions pour les services financiers à travers les Bahamas. »

Site officiel du Sand Dollar

Cette CBDC, aux allures classiques de stablecoin, est adossée au dollar bahaméen, lui même connaissant une stricte équivalence avec le dollar américain.

Bahamas et Japon, même combat ?

Si le « dollar de sable » réussit sa phase publique, il augurera certainement l’ère des monnaies numériques d’Etat dans les économies insulaires. Il semblerait d’ailleurs, avec un changement d’échelle plus important donc plus complexe, que le Japon ait décidé de passer à la vitesse supérieure dans l’émission d’une CBDC.

Partageant une configuration commune avec les Bahamas dans sa constellation d’îles soumise à des catastrophes naturelles récurrentes, il pourrait très rapidement suivre son exemple. Ainsi, la Banque centrale japonaise vient de publier un document développant une approche spécifique liée à son contexte singulier. Une feuille de route assez précise qui met l’accent sur la résilience d’une monnaie numérique dans un environnement perturbé. Elle creuse notamment la possibilité d’une disponibilité hors ligne d’une CBDC.

Eviter la paralysie de l’économie pour raison climatique, voilà sans doute un des grands enjeux du XXIème siècle. Les Bahamas montrent la voie, d’autres assurément vont suivre, édifiés par l’expérience du pionnier.

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