Opensea vs droits d’auteur – Une « approche réfléchie » qui inquiète

07 novembre 2022 - 13:30

Temps de lecture : 3 minutes

Par Hugh B.

Une tempête hivernale est en train de secouer le secteur des jetons NFT. Avec comme épicentre, la récente décision de la plateforme Magic Eden de rendre les droits d’auteur facultatifs. Car cela ne fait que confirmer une tendance en train de se répandre au détriment des artistes et autres créateurs de ces collections. Un changement de paradigme vis-à-vis duquel la plateforme Opensea vient enfin de se positionner. Mais cela ne rassure pas du tout la communauté…

Est-ce le fait du bear market actuel ? Quoi qu’il en soit, la tendance du secteur des NFTs semble aller dans la direction opposée de celle de ses créateurs et artistes. Avec une véritable épidémie de mise en option du paiement des droits d’auteur (entre 5% et 10%) fixés par ces derniers sur les marchés secondaires. Et, selon l’auteur à succès et spécialiste de la question Bobby Hendreds, un « abandon » de ce principe qui « bouleverse toute la mission du Web3 ».

« Philosophiquement, l’abandon des redevances des créateurs bouleverse toute la mission des Web3/NFT. Jusqu’à présent, la thèse principale de cette technologie remarquable était de garantir que les artistes soient payés pour leur travail. (La façon dont cela pourrait se passer rappelle ce qui s’est passé avec l’industrie de la musique). »

Bobby Hundreds

Une problématique vis-à-vis de laquelle la plateforme Opensea avait jusque là gardé un silence qui cassait les oreilles. Mais sa récente prise de position pourrait bien faire regretter cette époque. Car elle n’a clairement pas permis de rassurer une communauté des NFTs déjà très échaudée. Explications…

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Opensea – Une « approche réfléchie » qui inquiète

La stratégie d’Opensea dans le secteur des NFTs n’est pas toujours très bien vue de la part de sa communauté. Il faut dire que tout est plus compliqué lorsqu’on est le leader d’une économie naissante. Raison probable pour laquelle cette dernière a attendu de connaître la tendance générale, doigt dressé dans le sens du vent, avant de prendre position sur le sujet des droits d’auteur. Et finalement cela se résume à s’accorder encore 1 mois pour y réfléchir, avec une deadline fixée au 8 décembre. Et l’annonce du développement de certaines fonctionnalités pour tenter d’y apporter des solutions.

« Il est clair que de nombreux créateurs veulent avoir la possibilité d’appliquer des frais on-chain et nous pensons que ce choix devrait leur appartenir, et non au marché. Nous construisons donc des outils qui, nous l’espérons, équilibreront la balance en donnant plus de pouvoir aux créateurs pour contrôler leur modèle économique.« 

Opensea

Mais dans les faits, la plateforme Opensea se dit « ouverte » à toutes éventualités au-delà de cette date fatidique. C’est-à-dire avec « des options allant de continuer à appliquer des frais hors chaîne pour certains sous-ensembles de collections, à autoriser des frais de créateur facultatifs ». Autant dire que cela revient à ne rien dire. Tout en se laissant la possibilité de s’aligner sur un marché des NFTs décidément peu soucieux de l’avenir de ses créatifs.

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Opensea – Une concurrence sur liste noire

Car, sans grande surprise, rendre ces redevances facultatives revient à les annuler purement en simplement. Raison pour laquelle, dans le même temps, Opensea dévoile une ligne de code improbable à intégrer dans les smart contracts de NFT nouvellement lancés. Cela afin de pouvoir empêcher les plateformes qui n’appliquent pas ces droits d’auteurs d’échanger les collections concernées. Le tout à l’aide d’une liste noire qui correspond finalement à ses principales places de marché concurrentes. Est-ce la condition sine qua non pour pouvoir revendiquer des droits d’auteur sur sa plateforme ? Cela ne fait (presque) aucun doute.

« À cette fin, nous lançons aujourd’hui un outil pour l’application on-chain des frais de création pour les *nouvelles collections*. À partir de 12hHE le mardi 8 novembre, OpenSea appliquera les frais de création uniquement pour les nouvelles collections qui utilisent un outil d’application on-chain de ce type. »

Opensea

Un code disponible sur le site GitHub dont le nom est assez explicite : « Operator filter registry« . Une « première version » en mesure de bloquer l’échange des NFTs sur les plateformes dénuées de droits d’auteurs. Et dont l’évolution – et l’évaluation – dépendra des commentaires laissés par la communauté sur le sujet. Le tout inspiré par la mise en place d’une option de ce genre par l’artiste « génératif » Tyler Hobbs, à l’origine des célèbres Art Blocks, dans le cadre de son dernier projet QQL. Car il considère que la perte de ces redevances serait « une véritable tragédie » pour le tout jeune marché des NFTs. Car elles offrent aux artistes la possibilité légitime « de subvenir à (leurs) besoins grâce à (leur) travail. »

Une option présentée par certains comme tout simplement anti-concurrentielle. Car cela revient à bloquer les plateformes décentralisées qui n’appliquent pas les droits d’auteur pour pouvoir en réclamer au sein de la structure hautement centralisée qu’est Opensea. Mais le problème est finalement inverse. Comment des acteurs décentralisés peuvent-ils construire leur modèle économique en niant un fondement essentiel du Web3 : l’autonomisation de ses acteurs et la juste rémunération durable de ses artistes. Car il n’y a rien d’innovant dans le fait d’écarter ces derniers de la spéculation qui peut être engendrée par leurs œuvres sur les marchés secondaires…

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