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Bitcoin au Salvador – La monnaie ne s’impose pas, c’est un cas d’usage

04 Mai 2022 - 13:00

Le statut reconnu au Bitcoin dépend très clairement de celui qui édicte la sentence. Tout comme son « utilité » controversée et rejetée d’un bloc par ceux qui n’en éprouvent pas le besoin ou l’envie. Et il en va de même pour son utilisation en temps que monnaie, pourtant inscrite dans les gènes de cette cryptomonnaie depuis sa création. Avec des instances de régulation en train de parler de « crypto-actif » juste pour éviter de lui reconnaître cette fonction. Mais quelle que soit la tendance, une seule certitude s’impose : ce n’est pas la définition ou le cadre légal qui fait la monnaie, mais son utilisation effective en tant que telle. Une réalité à laquelle se heurte actuellement le Salvador.

C’est une étape historique, l’année dernière le Salvador a fait du Bitcoin sa monnaie officielle et légale. Avec comme conséquence, d’autres pays comme la République centrafricaine en train de suivre ses traces encore fraiches. Cela pour le plus grand malheur des instances de régulation, fermement décidées à lui refuser ce statut. Car la particularité de cette cryptomonnaie est de reposer sur une quantité limitée, portée par un réseau décentralisé impossible à contrôler et/ou censurer.

Et cela n’est définitivement pas la définition d’une monnaie pour ceux qui en contrôle la création, la distribution et la répartition géographique (et bien souvent la destination). Pourtant, ce cas d’usage du BTC s’impose de plus en plus, en particulier avec l’essor du réseau Lightning Network. Ou encore son intégration, parfois plus théorique que réelle, par des géants du secteur du paiement numérique comme PayPal, Visa, MasterCard, Stripe… (liste non exhaustive). Mais alors quel est le statut réel du Bitcoin ? La réponse est aussi simple qu’un petit détour par le Salvador…

Salvador – Une adoption du Bitcoin compliquée

Car une récente « étude de recherche universitaire » menée aux États-Unis l’affirme, l’adoption du Bitcoin en temps que monnaie au Salvador patine. Avec des chiffres bien inférieurs à ceux espérés par son président, maximaliste de la question. En tout cas si l’on en croit les 1800 ménages interrogés sur le sujet dans le cadre de cette enquête. Cela afin de déterminer combien de personnes utilisent effectivement cette cryptomonnaie pour effectuer des achats quotidiens en utilisant le portefeuille « Chivo » officiel. Et la conclusion pourrait être la même que dans le secteur de la DeFi. À savoir, une « adoption » principalement limitée à l’encaissement des récompenses promises (30$ en BTC) lors du téléchargement de ce wallet.

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En effet, selon les résultats de cette étude, seuls 20% des personnes interrogées ont effectivement continué à utiliser le portefeuille Chivo après avoir dépensé leur cadeau de bienvenue. Et une part équivalente d’entreprises affirme accepter réellement le BTC comme moyen de paiement. Car même obligatoire, cette adoption repose sur la capacité technique de l’entreprise à offrir ce service. Et dans les faits, 88% de ces dernières convertissent immédiatement le Bitcoin en dollars sans le conserver sous la forme de BTC dans l’application dédiée. Est-ce pour autant un rejet du Bitcoin comme monnaie ? Ou un plébiscite du dollar de la part de la population du Salvador ? Les choses sont probablement un peu plus complexes que cela…

Bitcoin – Définition vs cas d’usage

Car le statut du Bitcoin est peut-être finalement plus intime que politique ou simplement légal. Et, tout comme les devises depuis les années 70, il peut tout à la fois être une monnaie ou un crypto-actif dans le même temps. Avec comme matérialisation de cette frontière, le cas d’usage auquel il est censé répondre. Et une fracture évidente entre les pays « pauvres » pour lesquels il représente un moyen d’échange plus fiable que les structures locales. À la différence des pays « riches » définitivement orientés vers le trading et l’investissement d’un actif numérique. Avec des regards rivés sur sa forte volatilité, au détriment de ses caractéristiques décentralisées. Mais quoi qu’il arrive une seule certitude : son utilisation ne s’impose pas, elle se pratique.

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Et c’est bien cela qui manque aux habitants du Salvador, de la pratique. Car présenter une carotte pour enclencher un mouvement risque juste de donner l’impression à ceux qui bougent d’être pris pour des ânes. Raison pour laquelle rien ne se passe, une fois le « cadeau » consommé. Mais avec tout de même la possibilité d’estimer les rangs des plus motivés d’entre eux. Et dans le cas présent, une proportion de 20% représente une part bien plus importante qu’il n’y parait. Surtout si l’on prend en compte le principe du « Point de bascule » défini en 2016 par Malcolm Gladwell. Une notion qui se résume à constater qu’un comportement singulier devient une norme lorsque seulement 10% d’une population y adhèrent activement. Et de ce point de vue, l’expérience du Salvador pourrait bien ressembler à une réussite en cours.

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